La Blogothèque

A nous les petits Anglais

53°30′N, 02°15′W. Là, précisement. A l’heure ou beaucoup ont encore les yeux rivés sur Brooklyn, ça bouillonne un peu plus à l’est, un peu plus au nord, à Manchester, encore.

Ça m’a titillée à peu près à partir du printemps 2010, quand WU LYF a commencé à nous balader aux quatre coins de l’internet mondial. Des gamins talentueux, des inconnus bien malins qui faisaient revivre un amour et un intérêt pour l’Angleterre quasi-mort chez moi, depuis bien longtemps.

Évidemment, on est tentés de croire que WU LYF est l’exception du comté, un coup de chance, mais l’idée qu’un truc de nouveau se passe à Manchester et que cette ville peut enfin vivre d’autre chose que du souvenir (qu’ils considèrent comme pesant) de Factory Records ou de l’Hacienda est séduisante.

“I’m just glad we’re not from Liverpool imagine being forced to talk about the Beatles all the time.”  Mark (Brown Brogues)

Dans la quête du nouveau souffle, donc, la probabilité de tomber sur des groupes de talents, absolument au hasard, est bien mince. Celle de trouver un groupe dont le single me fasse autant palpiter que la 1ère écoute de « Heavy Pop » ? A priori nulle, évidemment.
Et pourtant, ça ne prendra que quelques mois : à l’hiver 2010, je dégote ma deuxième perle mancunienne.

C’est un clip, ce sont de vieilles images. Un titre, « Letter To Yesterday » : une énergie empreinte de mélancolie, une batterie qui martèle crescendo. Ça réveille les mêmes choses, ça me prend au même endroit.

On a beau courir après, quand on tombe dessus, on a envie de le crier à la terre entière.

Le groupe s’appelle Youth et en commençant à chercher des infos partout – ça devient urgent de savoir qui sont ces mecs – on découvre qu’ils sont de Manchester. C’est à se demander sérieusement si ça n’est pas encore un coup de la LY(outh)F. La coïncidence est énorme.
Chercher encore. Ne plus savoir finalement quel est vraiment le nom de ce groupe : Youth ? Books ? Meke Menete ? Ils sont un ? Ils sont deux ? Ils existent ? Lire qu’ils ne sont qu’un. Y revenir quelques temps après, découvrir qu’ils ont encore changé de nom. Allez, tiens, si aujourd’hui on s’appelait Nijinsky.

C’est la même quête et la même ville, c’est à se demander si ça n’est pas la nouvelle mode mancunienne.

Money

En un an et en dégotant une adresse mail, j’ai appris deux trois choses. Le groupe a encore changé de nom, a effacé ses vieilles vidéos mais cette fois, ils le promettent, c’est le bon, leur nom ça sera MONEY. Ils sont de Manchester, ils ne sont pas WU LYF, ils sont trois, ils sont jeunes, ils sont inconnus pour le moment mais ils ont enregistré un EP, leur premier single devrait sortir sous peu chez Melodic.

Patterns

Melodic. C’est aussi chez eux qu’on peut trouver le premier disque de Patterns (debut single le 7 novembre et un premier album en 2012). Ils ont une vingtaine d’années, ils sont quatre. Rien à voir avec les mélodies écorchées des autres, eux sont plutôt une jeune relève d’Animal Collective, encore pourvu du talent dont semblent manquer les 4 compères new-yorkais ces derniers temps.
Quand je parle de Manchester avec Laurence Redford (le guitariste), il me parle de WU LYF, du fait que ça explose pour eux, ça a l’air assez incroyable pour lui. Il a l’impression que oui, chez eux, il y a une vraie scène, quelque chose qui se passe, quelque chose de plus cohérent qu’à Londres, par exemple.

On n’a pas à chercher bien loin pour trouver des liens entres tous ces nouveaux groupes : tomber sur la musique de Stay+  (Christian AIDS à l’époque, l’été dernier au Midi Festival) pile au moment où Patterns me parle du remix qu’il a fait d’un de ses morceaux .
La scène de Manchester, on la retrouve, largement représentée, en mai et en octobre pendant les festivals Sounds From The Other City et In The City, on la retrouve dans des Concerts à Emporter à l’anglaise : les vidéos de Manchester Scene Wipe.

La scène de Manchester, elle se retrouve aussi à l’affiche du Deaf Institute, parfois plus loin à l’Islington Mill ou dans les publications de The Pigeon Post, le blog d’un garçon de 23 ans, celui qu’il faut suivre pour découvrir les nouveaux groupes du coin.

Parce que cette scène fourmille et que parler de tous ces jeunes groupes à suivre serait trop long, voilà  un tour d’horizon de la relève mancunienne en une playlist :

Manchester by LaBlogotheque

La nouvelle vague du nord-ouest de l’Angleterre commence à pointer son nez partout. Oh, ils viennent par ferrys entiers, au moins. Certains étaient à Paris pour une soirée Madchester en septembre dernier, d’autres seront à Nantes le 11 novembre au Stereolux pour une soirée « Manchester is everywhere » parce qu’effectivement, ça va finir par relever de l’exploit, que de réussir à passer à côté de ces groupes-là.

Patterns sera le 9 novembre en concert au Lautrec (21h, entrée libre) et le 10 au Motel.
Vous pouvez télécharger quelques titres ici.

Money et Great Waves seront le 12 novembre au Truskel (Paris)