La Blogothèque

Têtes de bois

En attendant un nouvel album, And Also The Trees, sort un nouvel EP intitulé “Driftwood”, un huit titres en guise d’ultime étape d’une aventure acoustique commencée deux ans plus tôt. Une cure de jouvence pour l’un des groupes les plus atypiques de la scène anglaise de ces trente dernières années.

Il y a deux ans, tandis que le son eighties reprenait du galon et que l’on ne comptait plus les reformations opportunistes, And Also The Trees avait eu l’idée saugrenue de faire paraître un album acoustique intitulé When The Rains Come : un album aussi neuf et inventif qu’il apparaissait comme une invitation à redécouvrir et à relire cette histoire de trente ans, née dans le cerveau brûlant de deux frères esthètes et de deux de leur amis, dans un petit hameau de la campagne anglaise, au cœur de ces « années d’hiver » (comme les a appelées Félix Guattari), et qui bricolèrent une sorte de post-punk hanté, romantique et impressionniste, beau comme la rangée d’orties brumeuse qui barrait la couverture de leur premier album, et dont les métamorphoses ultérieures restèrent souvent ignorées. À travers la ré-interprétation de treize anciens titres et d’un inédit, And Also The Trees redistribuait les cartes de son jeu des 7 familles sans rien perdre de son originalité, et apparaissait sous un jour nouveau ; le rejeton talentueux de Leonard Cohen, de Nick Drake et de Scott Walker, références toujours chéries, mais rarement perçues avec une telle évidence. And Also the Trees s’affranchissait de la linéarité rythmique des formats-rock, accueillait les silences, jouait des respirations, et approfondissait sa science des clair-obscurs.

Alors qu’il peaufine un douzième album dont on sait toujours peu de choses, il délivre, ces jours-ci, Driftwood : un gros EP en version limitée, seulement disponible sur son site, et qui fut enregistré en deux jours selon les mêmes principes, dans une vieille grange, comme un ultime témoignage de ces veillées acoustiques qui, pendant la tournée, les ont amenés à jouer sur le toit d’un immeuble parisien, devant une installation de 11 mètres de haut du plasticien allemand John Bock à Berlin, devant le campanile plusieurs fois centenaire d’un petit village de Vénétie ou encore sur la scène improvisée d’un musée du jouet à Colmar. Ce sont dans ces configurations inhabituelles que ces chansons – pour certaines oubliées – ont retrouvé, dans le plus simple appareil  – une voix, une guitare, une contrebasse, un dulcimer -, un peu d’intemporalité et de leur singulière beauté. Ce petit compagnon de When The Rains Come, sans être aussi brillant que son prédécesseur, contient son lot de versions incontournables, souvent bien meilleures que les originales, avec en tête : « Suffering of the Stream », « Belief in the Rose » ou « The Secret Sea ».  On vous offre ce magnifique « Macbeth’s Head », paru pour la première fois en 1989, rêverie pleine de bruit et de fureur, de bêtes sauvages et de neige, de souvenirs enfouis et d’images obsessionnelles de têtes qui tombent, dans laquelle la contrebasse et la guitare échangent figures et positions comme deux danseurs qui s’observent du coin de l’oeil.

Et si vous ne connaissez toujours rien à And Also The Trees, on vous invite à revoir ici les images que Vincent Moon et Gaspar Claus avaient tournées en 2007 pour un Back On Stages, ou à partir à la chasse aux trésors sur ce When The Rains Come, dont la mélancolie sent bon les oranges, les effluves de chèvrefeuille, les prés ondoyants avant l’orage et les chardons.

 

Photos de Justin Jones et d’And Also the Trees en concert à l’abbaye de Forest : Alexandre François.