J’arrive avec une demie-heure de retard à la Discothèque de Radio France, quinze minutes seulement avant l’heure prévue pour l’enregistrement. Les travaux du tramway Boulevard Ney n’ont pas aidé, je suis essoufflé, je prends l’ascenseur pour le troisième étage : il y a là un vieil homme noir avec sa canne, accompagnée d’une femme blonde un peu plus jeune. Ils ont l’air perplexes, je les aide à ouvrir la porte. Et alors que je les laisse passer, je me rends seulement compte que je viens de croiser Archie Shepp. Il était en retard lui aussi.
Radio France a l’une des plus belles discothèques au monde. Des kilomètres de vinyles de toutes les époques, de tous les labels, dans tous les genres. Les personnes qui y travaillent ont eu une riche idée : inviter des artistes, des amoureux de la musique, à piocher dedans, à écouter leur pioche, à en parler… Et ils nous ont proposé de filmer tout cela. On ne pouvait pas dire non, d’autant moins quand l’invité est Archie Shepp, Dieu du jazz, passé aussi bien par le gospel classique, le Free Jazz, les protest songs, que par les collaborations avec le hip-hop.
Archie a un peu de mal à marcher. Il tremble beaucoup. Mais quand il écoute la musique, son amour prend le dessus. Il y a les riches et belles anecdotes qu’il a à nous raconter sur Arthe Franklin, Billie Holiday et son enfance. Il y a surtout ces doigts qui claquent sur un morceau de Coltrane, cette moue réjouie lorsqu’on lui joue du Howli’ Wolf, cette passion, ces yeux brillants. Il y a toutes ces expressions incroyables qui font de son visage l’un des plus fous, des plus riches que nous ayions filmés.
C’est de la radio. C’est beau à écouter. Mais il y avait aussi de belles choses à voir ce jour là.





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