Florence,
Tu te rappelles de moi ? Je t’avais écrit il y a deux ans lorsque tu as tué mon chien. Tu ne dois plus vraiment t’en souvenir ceci dit, puisque tu as l’air d’avoir passé une année plutôt difficile (hurler du Aretha Franklin avec Christina Aguilera aux Grammy ne laisse personne indemne j’imagine).
Florence, tu sais à quel point je t’ai aimée et soutenue envers et contre tous. Tu sais aussi que je t’ai eue dans la peau comme un premier amour de lycée. Le problème Florence, c’est que je ne peux plus te défendre parce que tu m’as trahie. Je m’y attendais un peu, bien sûr. A Primavera déjà, j’avais senti que tu pouvais facilement passer du côté pompeux de la force. Tu criais, tu sautais, tu oubliais l’essentiel et tu ne me touchais plus autant.
Et puis est arrivé l’infâme Ceremonials et j’ai sombré dans la plus profonde tristesse. Qu’est-ce qui t’as pris Florence ? Où est passée ta légèreté ? Ton habileté à planer là-haut, bien au-dessus de tout le monde ? Toi que je vénérais pour en faire toujours trop, comment as-tu pu confondre à ce point grandeur et grandiloquence ? Quand j’écoute ton nouvel album, je ne vois plus cette sorcière qui m’a arraché brutalement le cœur avec “Dog Days Are Over”, ni la fille qui me l’a, par magie, remis en marche avec “Between Two Lungs”, mais une pâle copie d’une des plus lamentables chanteuses que l’Eurovision ait connue. Une mauvaise tentative de reprise de Paramore un soir de fête de la musique. Pire : un spectacle de la troupe Riverdance.
Tout y est trop gros, trop grand, comme si tu avais forcé ces notes à entrer dans un vase trop étroit. Tes envolées théâtrales qui m’avaient tant conquise ne décollent plus ou retombent aussi vite. Elles restent clouées au sol, le bout des pattes enduit de colle par le trop-plein d’arrangements (je remercie au passage très chaleureusement Paul Epworth qui semble apparemment avoir décidé cette année de transformer tout ce qu’il touche en rock pour stades).
L’urgence que je sentais chez toi, ce besoin impérieux de tout sortir en pagaille, s’est transformé en course à la consommation : pas de place pour l’absence dans Ceremonials, tu as voulu tout y mettre, quitte à ce qu’il n’y ait plus aucun espace pour la beauté pure, pour ces petits moments de répit sur le fil auxquels tu m’avais habituée.
J’entends ta voix et je ne la reconnais plus : celle que tu savais si bien pousser dans ses retranchements, celle avec laquelle tu jouais comme un ballon qu’on gonfle jusqu’à l’éclatement, est devenue cet instrument de démonstration permanente, cet outil de compétition sans âme qu’on balade de foire au saucisson en kermesse de fin d’année.
Florence, oui, tu as perdu ton âme, ton innocence, ta fragilité, ton élégance, ta finesse et ta grâce. Tu les as sacrifiées sur l’autel des amphétamines pop et des productions ampoulées à outrance. Tu me faisais trembler. Maintenant, tu m’horripiles. Et ça, je ne te le pardonnerai jamais.





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