La Blogothèque

Givers : luminothérapop

L’année n’est pas finie mais je crois avoir trouvé l’album-Valium de celle-ci : In Light de Givers, avec un G comme gaieté infinie.

A chaque année son palliatif à la déprime. En 2009, il avait eu Harlem Shakes et « Strictly Game », leur chanson Prozac dont on vous avait déjà parlé pour éviter de vous pendre au repas familial du 1er janvier. En 2010, c’est False Priest d’Of Montreal qui avait pris le relais pour me redresser les fossettes à l’aide de ses fils (tordus certes) de marionnettes déglinguées. Beirut a failli être celui de 2011, mais la voix de Zach me fige parfois. Elle gratte trop les plaies pour faire de The Rip Tide l’antidépresseur parfait.

Et puis est arrivé Givers, cinq potes originaires de Lafayette en Louisiane (coucou True Blood) mais installés à la Nouvelle-Orléans depuis quelques années. Avant de s’associer dans leur grande entreprise d’éradication de la morosité, les membres de Givers ont tous joué dans différents groupes de musique cajun et zydeco, la musique traditionnelle de la région – ça donne le goût de la fête, paraît-il. Et puis est certainement venu ce jour où, fatigués des râleurs et des tartines qui tombent toujours du côté du beurre, ils ont décidé de se lancer dans une aventure périlleuse : rétablir la joie comme bien d’utilité publique.

Givers sonne comme si Vampire Weekend avait avalé trop de ces petites pilules que prend forcément Tigrou quand il va en rave ou celles qui font que, malgré de sacrées galères (rupture, accident de voiture, attaque de géant dévoreur d’homme ou de loup-garou), Edward Bloom, le héros de Big Fish de Tim Burton, ne se défait jamais de son immuable optimisme. In Light, leur premier album, prêche l’euphorie pure et la gaieté simple. Les guitares chantent ces petites rengaines faciles qu’on reprend en chœur le soir autour du feu en mangeant des chamallows grillés. Elles s’emballent facilement aussi, comme celles d’Harlem Shakes justement. Les claviers, les beats bidouillés sur un vieux Bontempi, tiennent autant des jeux de batailles interstellaires sur Super Nintendo que des bulles de savon qu’on souffle doucement pour mieux les éclater ensuite.

Saw You First by GIVERS

Les voix, elles, n’hésitent pas à monter très haut dans les aigus, à en faire des caisses, à se dédoubler, à se répondre dans un joyeux bordel et à manger la moitié des mots parce que le bonheur n’attend pas dit-on. Ça tape des mains, ça s’affole, ça court le plus rapidement possible dans les champs pour mieux se vautrer dans un grand éclat de rire dix mètres plus loin. Givers n’a pas peur d’en faire trop, de voir trop grand, ni de dérailler – chaque morceau va un peu plus loin que le précédent, un peu plus vite.

Ceiling Of Plankton by GIVERS

Bien que je n’y sois jamais allée, j’entends la Louisiane dans cette pop. J’entends aussi les percussions tribales du Zimbabwe, les sifflements des hauts plateaux péruviens, le cool caribéen et l’insouciance du pays où les gens sont heureux (celui de Casimir a priori). In Light ressemble à ces bars sans âge mais bourrés de charme dans lesquels on aime se retrouver parce qu’on y croise toujours de veilles connaissances (les Jackson 5 sur « Ceiling of Plankton » par exemple) mais où l’on n’est jamais à l’abri de se retrouver embarqué dans une de ces interminables soirées sans queue ni tête, celles où on se jetterait volontiers, la tête la première, dans une piscine de paillettes avant d’aller jouer à chat-perché avec des Schtroumpfs. Ces nuits où l’on rit tellement qu’on en a des points de côtés. J’avoue qu’après vingt-huit écoutes compulsives d’In Light, j’ai des crampes aux joues.

In Light, le premier album de Givers, sort le 10 octobre chez Glassnote/Cooperative. Ils seront en concert au Festival des Inrocks le 5 novembre à la Cigale.