La Blogothèque
Soirées de poche
#21

Mina Tindle / Arlt / Bertrand Belin

L’appartement était une surprise, posé au sommet d’un immeuble comme à l’abandon, cerclé par les ruines de bâtiments calcinés. Il était grand, confortable, gigantesque, découpé en espaces décorés à l’extrême : là une vieille armoire, un tableau noir posés contre un mur de briques, là un salon kitsch cerné par les plantes, un flipper et un hamac aussi. Soumia, la propriétaire, avait invité plein d’amis, qui s’étaient assis sur la mezzanine, les jambes pendant au-dessus de l’espace du dessous, au-dessus de nous.

Mina portait sur elle cet étrange mélange de trac et d’assurance, elle ne cachait pas être impressionnée mais savait où elle allait. Elle avait la lourde de tâche d’ouvrir la soirée. Elle chantait à nu, et habillait sa voix d’autres voix, se samplait, se bouclait et ses chansons prenaient lentement de l’ampleur. Une ampleur familière, douce, qui laissait la place à ses sourires quand Guillaume tapait un peu trop fort sur le bois de sa guitare, quand les cordes à ses côtés se lançaient. Elle finira par ce que vous ne verrez pas, une reprise de Caetano Veloso chantée pour l’heureux spectateur assis entre Mina et le batteur.

Puis Arlt s’est posé au milieu. Ils avaient demandé de l’espace, car Arlt bouge. Eloïse flotte lentement dans la pièce, des objets dans les mains, une robe, un marteau, comme pour les rappeler à la gravité. Elle fermait souvent les yeux, chantait haut, pour quelque chose au dessus, bien loin, ou bien pour elle, sage, mystérieuse. Et derrière, Sing Sing, qui chuchotait dans sa barbe les parties d’Eloïse, qui se collait sur sa voix à elle, et faisait danser sa guitare, la faisait tourner, lui arrachait des colères. C’était une musique étourdissante, séculaire et moderne. Ce ‘Pistolet’ d’une énergie folle, et ‘Je voudrais être mariée’, cette guitare folle qui fait sortir la colère qui sourd derrière la triste résignation de la complainte d’Eloïse.

Belin s’est chargé de la fin de soirée. Comme une ivresse, sagesse mêlée d’ironie, de distance, avec un balancement incessant entre la lenteur et les soudaines griseries poussées par une batteuse incroyable. Un Belin qui était là en prétendant d’y être peu, qui se jouait de lui et nous touchait en même temps.

Réalisé avec le soutien du Centre National pour la Cinématographie

Produit par La Blogothèque, Stances et Armor TV, avec le soutien d’Arte Live Web

Réalisation : Benoit Toulemonde
Images : Benjamin Rohel / Thomas Lallier / Colin Solal Cardo / Sam Guillemot
Son : François Clos / Etienne Pozzo / Assistant : Guillaume de la Villéon
Montage : Benoit Toulemonde – Mix / Mastering : Etienne Pozzo et François Clos
Etalonnage : David Boushira
La Blogothèque : Chryde / Matthieu Buchsenschutz / Jonathan André / Dali Zourabichvili
Stances : Justine Sementzeff / Nicolas Rochette

Photo de une : Tenoot