La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

Françafrique

Aujourd’hui, les vinyles ghanéens et nigérians, traqués par de nouveaux genres d’explorateurs, passent en masse des entrepôts et des greniers où ils étaient abandonnés aux étagères de collectionneurs occidentaux. A la Blogothèque, on n’a pas d’envoyé spécial au Ghana mais on écume les vides-greniers pour vous, ce qui réserve parfois d’agréables surprises dans un pays au passé colonial certain.

Les traqueurs de vinyles vivent dans un monde à part, où le temps s’est arrêté à la fin des années 80, avec la mort industrielle du support. Une édition originale usée (dans le pays d’origine, de préférence) y vaudra toujours plus qu’une réédition flambant neuve. Mais une chose au moins subsiste de l’ancien monde : il y existe des modes (rien de péjoratif dans ce terme), comme l’actuelle course aux trésors de l’Afrique, dans le sillage de malades comme Frank Gossner ou les gens de Soundways. Les disques ghanéens et nigérians, chassés par de nouveaux types d’explorateurs, passent ainsi des entrepôts et des greniers où ils étaient abandonnés aux étagères de collectionneurs occidentaux, moyennant parfois des sommes remarquables. Cette frénésie laissera la place à une autre lorsque la source sera tarie, lorsque les goûts auront changé. A la Blogothèque, pas d’envoyé spécial au Ghana mais on écume les vides-greniers, ce qui réserve parfois de bonnes surprises dans un pays au fort passé colonial.

A côté des vinyles importés en France à destination de la diaspora se trouvaient ceux enregistrés en France par des musiciens expatriés, comme cet African Sound de Dikalo, un groupe formé d’une future légende de la musique camerounaise, Eko Roosevelt, de son compatriote Vicky Edimo, du congolais Sammy Massamba plus deux autres dont Internet ne m’a pas permis de retrouver la trace. Tous écumaient sans doute les sessions de studio avant que le petit label Carissima ne leur permette d’enregistrer cet unique album. African Sound - vaste programme – se veut représentatif du son africain et propose une sorte d’afro-funk apatride ultra efficace,  avec le public européen en ligne de mire. Pas un seul morceau faible. Ecoutez le très afrobeat “Fine Biscuits” et imaginez : tout est du même calibre.

Je suis parti de chez moi comme un voleur un dimanche matin, juste avant de devoir prendre la route pour le déjeuner dominical. J’ai ramené quelques disques africains aux pochettes gondolées que j’ai posés sans pouvoir les écouter. Deux jours plus tard, j’ai mis celui-ci sur la platine et “Zadie Bobo” est arrivé, sans crier gare … Heureusement, j’étais assis. Il faut dire que ce morceau hantait par bonheur mon ipod depuis deux ans déjà, depuis ce jour où Soul-Sides l’avait posté. Ce moment de joie, je le dois à Ernesto Djédjé et à son Ziglibithy, genre dont il fut le créateur, le roi et l’unique représentant avant de mourir à 35 ans dans des circonstances mystérieuses.

Un baobab ne meurt jamais. Cet adage a dû pousser Nick Gold, le ré-animateur de légendes (Buena Vista Social Club, c’est lui), à traquer les différents membres de l’Orchestra Baobab pour une reformation et un nouvel enregistrement en 2002, 20 ans après le dernier album du groupe. Populaire dans les années 70 et jusqu’au début des années 80, l’Orchestra Baobab mariait avec grâce racines sénégalaises et influences cubaines. “Mouhamadou Bamba”, qui ouvre un album de 1980 à la splendide pochette, réchauffe le coeur comme un vieil alcool. Culte.

Pour terminer cette sélection, impossible de ne pas inclure un morceau de Manu Dibango, l’aventurier, que même un tube comme Soul Makossa n’a pas pas pu étouffer musicalement. Et justement, sur l’album intitulé Soul Makossa, sorti en 1972 pour capitaliser sur le succès du titre, se trouve un morceau encore meilleur, le visionnaire et inusable “New Bell”. En passant, de la même époque, je vous recommande chaudement “Weya”.

 

LES OBJETS : Tous achetés pour 1 à 2 euros, sauf le Dibango, 6 euros. A Brignoles, Cannes, Mandelieu et Pegomas (dans le désordre). La femme qui vendait Ernesto Djédjé avait un air sympa. Elle donnait l’impression d’avoir voyagé.