La Blogothèque

Lana Del Rey m’effraie

Lana del Rey a tout préparé pour que l’on parle d’elle. Elle a digéré le 2.0, le mash-up, les poses artificielles, joue avec la représentation quasi-pornographique de sa personne. Heureusement pour elle, elle a aussi écrit une superbe chanson.

Hey Lana, I love the track but you need to be careful using other peoples images in your videos unless you have their permission. They probably not care at the moment but you are going to a big star. Commentaire sur You Tube

Parlons d’abord de la chanson, puisque c’est elle qui la première nous a accroché. ‘Video Games’ est un morceau mélodramatique, ourlé avec la même délicatesse qu’un film de Douglas Sirk. Un parfait sens de la construction dramatique : des cloches et une mystérieuse rumeur en entrée, comme pour introduire le lieu de l’action, une harpe délicate psuivie d’un bref sample de musique de film, avant que n’arrive cette voie basse de femme désabusée, qui a l’air de ne jamais pouvoir décrocher de sa lassitude, de sa tristesse, même dans ses emphases portées par des arrangements de cordes hollywoodiens, somptueux, mais qui jamais ne prennent pourtant le pas sur la voix ou la mélodie. On est proche du ‘Neptune City‘ de Nicole Atkins, chanté un soir de désespoir, la dernière bouteille terminée, les vapeurs de nostalgie pour tout horizon.

Puis l’on s’intéresse à cette fille qui chante, cette fille qui en une semaine semble être passée partout, dont on a croisé cent fois le nom, et que l’on connait déjà presque trop tant son image est parée pour l’explosion médiatique. Elle a des cheveux trop bien coiffés, une bouche outrancière, des yeux de biches, elle semble te regarder de haut tout en surjouant la poupée cassée. Elle s’appelle Lizzy Grant, se fait appeler Lana del Rey, explique sur sa page Facebook qu’elle a ‘trois chansons’, mais a déjà trouvé les mots que tout le monde utilisera pour la décrire, à base de “Hollywood Sad Core” et de “Gangster Nancy Sinatra”. Outre ‘Video Games’, elle a donc deux autres morceaux, plus classiquement FM. Et chacun d’eux est accompagné d’une vidéo réalisée, dit-on, par Lana elle-même. Et ce sont ces vidéos qui me dérangent.

http://www.youtube.com/watch?v=4Gg8pZYjCTM

Elles sont un montage assez classique d’images d’archives, son nom piqué sur une vieille Ford, des people en débauche, des vieux polars et des dessins animés, des skateurs, des extraits de jeux vidéo, entrecoupés de plans de Lana qui chante. De Lana qui se filme en train de chanter. Toujours sous un angle très familier, pourtant étrange dans un tel contexte. Le cadre est très serré, très incertain, Lana est filmée de trois-quart, contre un mur. Son léger strabisme dérange, avant que l’on se rende compte que non, ce n’est pas le strabisme. Elle ne fixe pas la caméra, mais l’écran dessous. Elle ne nous regarde pas, elle se regarde. Elle est la synthèse filmée de milliards de photos en angle MySpace, de duck faces excessives, de porno gonzo, elle sublime les nouvelles représentations de soi, en étant trop bien apprêtée pour ce genre de poses, en les collant sur des musiques trop riches, en les confrontant à une rêverie holywoodienne. En cela elle est effrayante. En cela, elle est aussi de son temps, parfaitement de son temps. Et c’est sans doute cela qui va faire qu’elle va marcher (en plus de cette chanson incroyable).