La Blogothèque
Mercredix

In The Red Recordings

Il parait que le label californien In The Red a eu vingt ans cette année. Correction, In The Red a toujours eu vingt ans et comme ses musiciens, a refusé de vieillir. Tant pis si le ventre à bière dépasse des cuirs étriqués et que les cheveux se font clairsemés, les garage-rockers n’ont jamais fait pas de beaux cadavres de toutes façons. Un Mercredix à écouter très fort dans sa Plymouth ou sa Twingo, une bière tiède dans la main et le pied au plancher.

 

01. TAV FALCO AND THE UNAPPROACHABLE PANTHER BURNS – « She  Wants To Sell My Monkey » (tiré de l’album Panther Phobia - 2000)

“Alex Chilton officiait dans un “pop-band mineur mais pas désagréable” [réf. nécessaire], avant de bouleverser le monde de la musique en produisant le premier album des Cramps et en faisant sortir Tav Falco de l’ombre. Le commun des mortels lui est depuis reconnaissant de s’être vu gratifié de de trois décennies de “rockab hanté et  de gospel païen”[réf. nécessaire].”
Dans un monde idéal cet article tant objectif qu’exhaustif aurait été validé par la communauté Wikipedia. (F)

02. TYVEK – « 4312 » (tiré de l’album Nothing Fits – 2010)

Si les mecs de TYVEK ne savent pas compter, c’est qu’ils préféraient reprendre The Dead Kennedys dans leur garage plutôt que de résoudre les équations différentielles à trois inconnues. Grand bien leur fasse, car même avec leur dégaines d’ingénieurs (no offense, les gars), ils doivent probablement serrer plus de groupies en scandant leur punk débile qu’en récitant  45 décimales de PI en moins de deux minutes. (F)

03. THEE OH SEES – « Meat Step lively » (tiré de l’album Help – 2009)

Thee Oh Sees, soit The OC’s. Les Orange County boys, quoi. Orange County, c’est un comté californien coincé entre Los Angeles et San Diego. Et depuis que le rock est rock, c’est là que se trouve la source du White Trash. En sont originaires, par exemple, Social Distortion ou Pennywise. Thee Oh Sees, avec son psycho-garage hyper codé, c’est en quelque sorte l’émanation du White Trash canal historique : les séjours en taules, des histoires de drogues… et au final, la sincérité. Thee Oh Sees parraine une grosse part de la scène néo-garage californienne (Ty Segall en tête), et ce n’est pas pour rien. Les boys ont tout vu, tout su, tout bu. (NNs)

John Dwyer / Thee Oh Sees (© Po'Jay)

04. THE GORIES - « Telepathic » (Tiré du EP Here Be The Gories - 1991)

11 ans avant les White Stripes, The Gories réinventaient la chanson de moins de deux minutes dopée au blues patibulaire, dans la pure tradition detroitienne mais surtout dans l’indifférence quasi-totale. Depuis les Bandes Blanches se sont séparées et Jack White s’englue dans de la soupe pour stades façon Kings Of Leon. Mick Collins, lui, poursuit tranquillement son entreprise de terrorisme sonore au sein des Dirtbombs, reforme les Gories de temps en temps pour s’amuser avec ses anciens camarades en toute simplicité. De quoi vous redonner foi en l’immanence de la justice. (F)

05. THE SPITS –  « Live In a Van » (tiré de l’album The Spits LP - 2009)

Le sympathique Afroman a lui aussi une chanson qui s’appelle “I Live In The Van”. Elle parle de fumer des joints à l’arrière d’un vieux Chevy qui lui sert de tourbus, d’y faire tendrement l’amour à des groupies et de parcourir les USA, libre et sans attache. Ce qui doit ressembler à peu de choses près au quotidien de The Spits (et des groupes de In The Red). Vous avouerez que toutes ces coïncidences sont assez troublantes, quand même. (F)

06. BASSHOLES –  « Christine  » (tiré de l’album Haunted Hill - 1993)

Il paraît que le duo culte de Colombus a enregistré ses trois premiers albums à l’arrière d’une maison funéraire, ce qui explique l’odeur de mort qui règne entre les sillons. A entendre les standards du blues ici maltraités, on les imagine très bien en train d’essayer d’arracher quelques ultimes soubresauts aux carcasses encore tièdes de Furry Lewis et Lighting Hopkins, à grands renforts de 220v et de beats sauvages frappés à même la table d’embaumement. (F)

07. THE DIRTBOMBS – “Stuck In Thee Garage” ( tiré de l’album Dangerous Magical Noise – 2003)

Chez les Gories, il n’y a pas de basse. Alors avec les Dirtbombs, Mick Collins en a mis deux, dont l’une est réservée au fuzz. Puis deux batteries aussi, pour taper plus fort. Pour sonner comme un vieux double corps de Chrysler du Detroit originel. The Dirtbombs, c’est un laboratoire d’expérimentation sonore, le concept-car de toute la scène garage actuelle. Pour le meilleur (tous les albums, We Have You Surrounded inclus) et pour le pire (le calamiteux album de reprises techno publié en 2011). (NNs)

08. DEMON’S CLAWS – « Hunting On The 49 » ( tiré de l’album Satan’s Little Pig Pet - 2007)

Les Demon’s Claws se sont séparés l’année dernière et c’est bien dommage. Avec un nom de groupe rappelant les heure sombres du heavy metal, des tournées chaotiques en compagnie des Black Lips et des hymnes à la gloire de la kéta, ils avaient pourtant de quoi “réussir dans le métier”. Une carrière qui aurait probablement été écourtée par une overdose ou une rixe au couteau dans un motel du Nouveau-Mexique, prétexte donc à de luxueuses rééditions. Depuis, le chanteur a quitté Montréal pour  Berlin, a reformé un groupe avec deux membres des Shrines (Hellshovel) et écume souvent les bars en compagnie de King Khan. Soyez-donc rassurés de le savoir de nouveau sur la bonne voie. (F)

09. REIGNING SOUND – « Excedrine Headache #265 » ( tiré de l’album Too Much Guitar – 2004)

Avant Reigning Sound, il y avait The Oblivians. Un groupe de punk effroyablement bordélique qui donna à tous les gamins de Memphis – dont l’irremplaçable Jay Reatard, l’envie d’aller au charbon. La furie s’est apaisée avec l’âge, mais pas l’amour du rock’n’roll. Aussi Greg Cartwright a opéré une démarche un peu similaire à celle de Mick Collins avec les Dirtbombs : revenir au blues pour redéfinir le rock par la soul. Sans pour autant y ôter une once de vigueur et de sauvagerie. (NNs)

10. THE U.V RACE – « Burn That Cat » (tiré de l’album Homo - 2011)

J’aimerais que mon chat ait cette chanson bien en tête la prochaine fois qu’il songera à manger un de mes câbles, me réveiller en pleine nuit ou encore déféquer dans mes chaussures. Qu’il garde à l’esprit que je viens d’un village où la jeunesse se distrait en buvant des bières sous un abribus et en traînant des félins derrière leurs mobylettes, juste parce que “c’est rigolo”. Et qu’avec 3 grammes dans le sang, je peux être – à l’image de The U.V Race – affreux, bête et méchant. (F)

Bonus. A.H. KRAKEN - « Danse Baden Powell » (tiré de l’album Elle Avait Peut-être 19 Ans Mais Pour Moi Elle En Aura Toujours 12 – 2008)

Parce que notre affection pour les pistes cachées bruitistes n’a d’égal que l’amour que nous vouons à Seb Normal, ici à la production. Parce qu’avec Sonic Chicken 4, A.H. Kraken est le seul groupe français signé sur In The Red. Mais surtout parce qu’ils ont le meilleur nom d’album du monde entier et au delà encore, nous nous permettons aujourd’hui d’enfreindre le commandement unique du Mercredix et de vous inviter à danser autour du feu, avec pour seul vêtement, un chapeau de scout (dit “le chapeau à 4 bosses”). (F)

Disclaimer: Si comme nous vous rêvez de voir un jour naître le fruit d’un threesome éthylique entre King Khan, Sean Wood (The Spits) et Jeff Clarke (Demon’s Claws),  il vous reste 34 jours pour aider à financer l’enregistrement de l’album par ici

Photo du bandeau extraite de la série The Prisoner  / Photo centrale : Po’jay 

intheredrecords.com