La Blogothèque

Petits jeux de mains

Thao, Mirah, Merrill, trois filles qui s’amusent sur un disque commun, la maîtresse tribale, et les deux espiègles.

Il n’y a quasiment pas de batterie sur ce disque. Mais des rythmes partout, des tambours, des langues qui claquent contre le palais, des chuchotements syncopés en guise de balais, des objets martelés sur le sol, du sable sur une caisse claire.

Il y a des les jeux d’enfants de ‘Teeth’. Cela commence par deux mains seules, qui tapent l’une contre l’autre et sur une table. Thao commence à chanter avec un timbre cassé, des respirations appuyées entre chaque mot qui rappellent les débuts de Blonde Redhead.

Il y a une guitare, deux, sans doute, mais on n’en a cure : le rythme mène le jeu et c’est un jeu d’enfant. Une autre paire de mains arrive, suit la cavalcade. Puis les gamines se mettent face à face : on tape sur les cuisses, on fouette les paumes, qui à chat, qui à toi, je tape dans mes mains, je tape dans les tiennes, je martèle ce tambour, mes paumes galopent sur mes cuisses, allez un dernier tour, c’est fini.  C’est une tribalité enfantine. L’étourdissement joyeux d’un martèlement répété jusqu’à ce qu’on n’y pense plus, qu’il ait pris possession de nous. C’est l’apogée d’un jeu de filles, sous la coupe d’une maîtresse experte en possessions.

Thao & Mirah - Thao and Mirah
Thao & Mirah - Thao and Mirah

En entrée d’album, Merril Garbus avait posé sa marque : sur ‘Eleven’, Thao et Mirah ont beau assurer tour à tour les couplets, on les sent sous la coupe de leur productrice. Elles sont samplées, tranchées, syncopées, empilées sur fond de rythme tribal, et comme poussées par les hurlements de tUnE-YarDs. C’est un pied posé sur ses victimes allongées : le premier morceau de l’album de deux filles est celui d’une troisième. Il fallait sans doute cela pour qu’ensuite elle s’efface, et laisse les deux voix douces s’amuser seules.