La Blogothèque
Le Disque du Dimanche

Antilles Roots

Depuis toujours, je détestais la musique antillaise, avec une haine particulière pour le zouk, ses rythmes gais et sautillants et la grosse voix de Jacob Desvarieux. Et puis j’ai découvert un jour Marius Cultier sur ce blog et une brèche s’est ouverte. Je me suis mis à ne plus dédaigner les disques antillais, avec l’espoir de retrouver un peu de ces moments de fusion miraculeux rencontrés chez Cultier, entre Antilles, Afrique et Amérique, à la croisée du jazz, du latin funk et de la musique des Caraïbes. Il y a eu du déchet. Et puis à force, je m’en suis aperçu récemment, le reste a fini par me plaire aussi. Le reste, c’est surtout cette musique pleine d’innocence de la fin des années 60 et au début des années 70, biguines de bals aux multiples influences qui sont au zouk ce que le ska ou le rock-steady peuvent être au reggae ou le son à la salsa.

Abel Zenon et son orchestre – “Pas o soué la”

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Ce disque acheté il y a des années est longtemps resté mystérieux. Il s’agit d’un de ces vinyles lourds d’un temps où les disques étaient rares, pressé fin 60 ou début 70 sur le label Aux ondes. Sa musique brute m’a plu dès la première écoute, surtout ce “Pas o soué la” tout en fraîcheur dont les percussions respirent l’Afrique et le piano, La Havane. Cette petite merveille n’a pas échappé aux gens de Soundway qui l’ont inclue dans Tumbele, leur brillante compilation de la musique des Antilles françaises de la période 63 – 74 (disponible sur Spotify). Cela m’a permis d’apprendre que le saxophoniste Abel Zenon et son orchestre faisaient à l’époque office de backing band du label Aux Ondes.

Super Combo – “Rosita femm chaud”

Disques Debs, Sauveur de la Musique Antillaise
Si on la défend de nos jours
c’est que Debs l’a sauvée Jadis

[track id="13607" title="Super Combo - Rosita Femm chaud"]

Le nom d’Abel Zénon étant devenu pour moi un point de repère, une référence, je n’ai pas hésité une seconde lorsque j’ai vu son nom sur ce disque d’allure assez pauvre. Et au final j’ai eu raison tant ça chaloupe sévère sur cette compilation du début des années 70 sortie par les disques Debs, label phare de la musique antillaise et dont la devise est reproduite en citation. Les vedettes de l’époque (et du label) dégainent leurs cuivres et leurs percussions, soutenues par d’aigrelettes guitares, pour faire danser tout le monde. On n’oublie pas les moments de collé – serré mais on transpire surtout beaucoup, sur des airs évidents et des rythmiques à l’allure indolente mais aussi implacables que leurs cousines africaines. Et si en plus la chanson est solide, comme pour ce “Rosita femm chaud” du Super Combo on se régale.

Maxel’s – “La Sérénade”

[track id="13605" title="Les Maxel's - Serenade"]

Difficile de résister à la vue de cette pochette et à une telle promesse de chaleur. Les Maxel’s sont un groupe guadeloupéen, si Internet ne me trompe pas, mais la musique jouée est plutôt haïtienne, ne me demandez pas pourquoi. Il se trouve aussi que le morceau le plus remarquable du disque est une biguine, mais une biguine un peu spéciale, coupée en son milieu par un intermède funk sur tapis de percussions sorti de nulle part et qui peine à ramener au morceau initial. Voilà pourquoi il ne faudrait jamais dédaigner les disques antillais, même si on ne se sent pas trop fan : on ne sait jamais sur quel mélange on peut tomber.

LES OBJETS : Trouvés en divers endroits à Cannes pour 1 à 2 euros. Achetés sans trop d’hésitation.