La Blogothèque
Mercredix

Dix morceaux pour flirts estivaux…

Pour le premier Mercredix de la nouvelle Blogothèque, on inaugure une série trimestrielle et collective à base de coups de cœur de saison. C’est l’été, mais tout ne sera pas forcément sea, sex, sun et mouettes qui gazouillent…

Une sélection estivale sans cohérence de style : électro-balafon, punk mélomane, drone d’ascenseur ou musique de secte… Pas évident pour draguer sur les plages mais idéal pour séduire les aoûtiens et aoûtiennes adeptes des salles obscures et réfractaires aux bruits des vagues.

Playlist partiellement disponible sur Spotify

1. KAKKMADDAFAKKA – “Drø sø” (tiré de l’album Hest)

Feu de camp, instruments de musique, à boire et à manger (littéralement, traduction fidèle) et vraisemblablement beuverie, coucherie et “You’re beautiful”, fausses notes incluses, joué pour épater les filles… Les jeunes Norvégiens au nom imprononçable (sauf si, moyen mnémotechnique, on joue l’humour potache à fond : cock mutha fucka !) ont passé depuis peu l’adolescence, mais s’y prélasseraient volontiers des années encore si on leur en laissait l’occasion. Refrain incompréhensible au-delà des terres scandinaves, mais une légèreté qu’on leur envie le temps d’une canicule… (Rockoh)

2. TIMBER TIMBRE – “Black Water” (tiré de l’album Creep On Creepin’On)

All I need is some sunshine. Ce morceau, c’est du Timber Timbre pur jus : un tempo métronomique, lent, un décorum suranné moins ostensiblement Screamin’ Jay Hawkins que par le passé et peut-être plus Fats Domino, mais toujours aussi vaudou et dérangé, avec sa basse solidement charpentée, sensuelle dans son déhanché, et la voix de plus en plus trouble de Taylor Kirk. Cette voix dédoublée, lointaine, imperturbablement détachée qui roucoule ses aspirations solaires entre deux histoires de course à travers les bouleaux, à la recherche d’un esprit, ou de plongeon dans les eaux noires, entre les ventres blancs de quelques poissons morts qui flottent à la surface, et qui finit par faire rimer gladness avec madness. Timber Timbre livre avec “Black Water”, son morceau fougère, un morceau à tentacules, tout en faux-semblants, qui s’étire paresseusement vers la lumière avec un air de vous y reviendrez, un morceau humide qui sent aussi le mauvais rêve moite et alcoolisé, le soleil de plomb, la luxuriance d’une nature sauvage et les secrets indicibles. Idéal pour le hamac ou pour les routes sans fins. Frisson garanti. (Alexandre François)

3. RYAN GARBES – “Whatever You Want” (tiré de l’album Sweet Hassle)

Moitié de Wet Hair, Ryan Garbes vient de sortir son premier LP sur Hello Sunshine, la filiale enfumée du label Woodsist. Et nous bricole pour l’occasion du drone de poche plus chargé en références qu’une mule mexicaine en opiacés. Un grand disque miniature, qui ne passera probablement pas la douane. (François)

4. BLOUSE – “Into Black” (album à venir à l’automne)

Portland, Gus Van Sant, Elliott Smith et désormais Blouse, singulier trio qui se conjugue au masculin-féminin, signé sur le fameux label de Brooklyn, Captured Tracks  et enrôlé tout récemment au sein de l’écurie Subpop.

Une voix féminine veloutée et sensuelle, celle de la divine Charlie Hilton qui officie à la guitare (Télécaster rouge incandescent et arpèges cristallins ascendants envoûtants). Compagnons de séduction massive : la basse sublime et pénétrante de Patrick Adams dont l’intensité rappelle les premiers pas des Cure, la batterie martiale entêtante de Jaco Portrait (producteur et ex-acolyte des Dandy Warhols) et en toile de fond, un synthé en pleine descente nostalgique new wave 80’s. Jeu de miroirs ou plutôt d’apparences (Dream Pop, Ian Curtis, etcétéra.). En réalité, le morceau se précipite sur la route en poursuite d’amour ou en cavale et lutte contre le spleen. Loin d’une ode désenchantée façon Virgin Suicides, il s’agit d’une cavalcade parcourue d’un élan vital, impérieux, libre et foutrement  décomplexé. S’enfoncer dans les ténèbres et renaître brutalement à la lumière. ‘’Into Black’’ ou  sensualité fruitée et mélopée sombre, hantée électrique voire gothique avec dérapage disco incontrôlé sur la fin. Cocktail étrange et foudroyant qui marie en quelques mots, en quelques notes tout et son contraire, l’intime et l’universel.

Amants désespérés du Pont-Neuf de Carax – comme la fabuleuse vidéo qui illustre le morceau – ou triangle érotique libre et vaporeux comme Les Innocents de Bertolucci : choix des armes infini pour se consumer d’amour en 3 minutes et 29 secondes exactement. “I wanna watch you fade into…” (Co_SwEuphoria)

5. MARK MCGUIRE – “The Marfa Lights” (tiré de l’album A Young Person’s Guide to Mark McGuire)

Dès que j’ai entendu un extrait de cette double compilation, à la fois en terrain connu et en terra incognita, j’ai passé commande pour avoir le bel objet concocté par la très bonne maison Editions Mego. Mark McGuire a publié de nombreux enregistrements en solo en parallèle du groupe Emeralds depuis 2007 mais bien souvent, ceux-ci étaient édités en série (très) limitée. A Young Person’s Guide to Mark McGuire en rassemble 20 plages, dans le prolongement des meilleurs épisodes du tandem Eno/Frip ou encore des œuvres suspendues de Durutti Column. Les vacances arrivent, il est donc temps de plonger et de replonger dans ce bain ambient. (Rom)

6. OKKERVIL RIVER – “We Need A Myth” (tiré de l’album I Am Very Far)

“We need a myth / We need an amethyst bridge / We need a high hanging cliff / Jump, fall and lift”. On la sentait venir la crise mystique de Will Sheff depuis deux albums emplis d’ardeurs et d’envies de plaire. On sentait le point de rupture ou la volonté de faire croire à la remise en question. A force de flirter avec le gospel (le volume chant poussé à fond) et les incantations sauvages, le monsieur d’Austin a tourné au chef de chœur un peu gourou, au prophète charismatique et à l’orateur gentiment illuminé. Le prêche démarre lentement mais enfle aussitôt, envoie des violons et un peu d’esbroufe, mais il y croit le bougre (ou fait bien semblant, avec talent). Ironie et autodérision, déclaration de désespoir et de foi dans monde qui l’entoure, “We Need A Myth” est le morceau qui sauve l’album, celui qui fait croire encore au groupe et à sa capacité de soulever des montagnes comme des foules ou des cœurs. Béni soit Will, c’est dans les églises qu’on trouve la fraîcheur l’été, en touriste comme en adepte…(Rockoh)

7. AFRICA HITECH – “93 Million Miles” (tiré de l’album 93 Million Miles)

C’est bien gentil de dragouiller sur la plage, mais vous ne pensiez pas réellement emmener votre conquête en maillot de bain Pimkie danser à la boîte du camping? Pourquoi ne pas l’embarquer à bord du jet de papa, direction l’Afrique du Sud, Johannesburg et sa scène électronique bondissante qui n’en finit pas de nourrir les oreilles éclairées de certains DJ européens. Africa Hitech, dernier projet du souvent passionnant Mark Pritchard (ici avec Steve Spacek du Spacek Sound System), trace pour vous tous les raccourcis : percussions synthétiques, beats disposés en fractale, montées spatialisées façon techno de Detroit, groove Trans Africa Express. (DJ Barney)

8. UNDERGROUND RAILROAD – “Seagull Attack” (tiré de l’album White Night Stand)

Passé du noise 90’s au psyché intemporel, Underground Railroad est tout simplement le meilleur groupe français. Mais pour ça, il a dû partir vivre à Londres. Égaré un temps entre les scènes pop, qui les trouvaient trop punk, et les scènes punk qui les trouvaient trop indie, un album sur l’incongru label Dirty Witch des Sons of Buddha, et une promotion d’abord essentiellement assurée par les punks polis de Guerilla Asso. Depuis, les trois jolis gens d’Underground Railroad vivent à Londres, et sortent des disques d’une rare élégance sur One Little Indian, classieuse demeure. Les impénétrables voies de la distribution conservaient ce groupe dans un statut de confidentialité de notre côté de la Manche jusqu’à présent, mais ce ne sera plus le cas avec White Night Stand, publié il y a quelques jours. En concert au Point éphémère le 9 juillet. (Noisenews)

9. LITURGY - “Harmonia” (tiré de l’album Aesthetica)

Alors que vous vous dorez tranquillement la pilule, insouciants vacanciers que vous êtes, un conflit terrible et souterrain oppose en ce moment-même les Black Metal Kvltists et Hunter-Hunt Hendrix, la tête pensante de Liturgy. Il faut dire qu’avec un manifeste de trente pages pour appuyer son concept fumeux de “Transcendental Black Metal”, le discours péremptoire qui va avec et des concert en slim/baskets, le petit Hunter n’allait pas s’attirer les faveurs d’une communauté pourtant réputée pour sa grande tolérance. Ces débats houleux mis de côté, reste Aesthetica, un disque à la mécanique implacable et la rigueur mathématique. Une œuvre puissante, abstraite, plus efficace qu’un climatiseur pour refroidir vos ardeurs caniculaires. (François)

10. KOUYATE & NEERMAN – “Requiem pour un con” (tiré de l’album Skyscrapers & Deities)

Lansiné Kouyaté et David Neerman, balafon et vibraphone (et effets électroniques) pour la version la plus emballante du Requiem depuis celle du Folk Implosion de Lou Barlow et John Davis… (Rockoh)