La toile n’était pas immaculée, le bloc de marbre n’était pas livré brut et la partition n’était pas blanche. Les artistes avaient pour supports des œuvres d’art déjà, faites en matériaux nobles, louées et célébrées en d’autres lieux et par d’autres esthètes.
Il fallait que l’ambition soit démesurée, déraisonnable, folle presque. Mais que l’approche soit humble et respectueuse. Que le résultat touche au sublime sans qu’en prennent ombrage les artisans des œuvres originales. Qu’on frôle la profanation pour atteindre la sublimation.

Ainsi, remixer sans le faire vraiment. Ou plutôt le faire exagérément, pour ne plus reconnaître l’œuvre de départ, la déconstruire et se servir de ses éléments pour en élaborer d’autres. Il fallait l’enfouir sous des couches fines de boucles et de sons de synthèse, en mille feuilles délicieuses qui se superposent et laisse deviner, par transparence. Pour mieux faire émerger la source, l’essence, l’âme, la beauté originelle…
Travailler par touches, par effleurement, par taille précise, en illuminant ou en ôtant toute velléité d’éblouissement. User d’effets, d’échos, de boucles, ajouter des percussions ou semblants de percussions là où il n’y en avait pas, découper avec précaution et mêler émotions électroniques à des souffles organiques. Faire émerger des larmes, l’intérieur d’un corps, d’autres sonorités qui viennent de nulle part et transitent provisoirement.
Avec pour source d’inspiration des substances hallucinogènes, vraisemblablement…
Travailler surtout avec poésie, et la liberté d’esprit rare, ouverte aux tutoiements des cimes et aux fugaces bonheurs. Se plonger dans un monde âpre aux modifications (Christian Wallumrød, Paul Giger, Alexander Knaifel, Louis Sclavis…) et proposer du jazz et de la musique contemporaine une relecture inédite et grandiose, du minimalisme réinterprété en versions plus minimalistes encore, de l’au-delà, voire du Arvo Pärt splendifié… (d’après le “Kanon Pokajonen”)
L’audace extrême de Ricardo Villalobos et Max Loderbauer d’avoir osé et su remixer quelques morceaux du répertoire intouchable d’ECM en un double disque difficile, exigeant mais somptueux…






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