La Blogothèque
Concerts à emporter

Thurston Moore

Une journée de promenade sur les traces d’une époque new-yorkaise qui peu à peu s’éteint. Quelques heures passées avec l’un de ses héros, chez lui. Thurston Moore, lui, est bien vivant.

Dans les toilettes du 315 Bowery, dans l’East Village à New York, est accrochée la photo d’une photo d’un club de rock. L’original a été pris quelque temps après la fermeture dudit club, il y a plus d’une décennie. La fixation d’une époque à laquelle le lieu avait déjà perdu sa modernité. Avec cette reproduction, le souvenir déjà faible capturé par la photo se perd plus encore, dans cette galerie de miroirs mal éclairée.

En sortant des toilettes, un employé de John Varvatos m’explique que les photos ne sont pas autorisées dans le magasin. Je lui réponds que ce n’est pas le magasin que je photographie : son étroitesse d’esprit étouffe ma peine pour cette nostalgie qui ne m’appartient même pas. Il s’agace et pointe une zone vers la porte. Un bouffonesque musée y a été dressé. Autocollants, posters de concerts sont rassemblés, organisés de façon à ce qu’on puisse bien les voir derrière la vitrine subtilement éclairée : il faut mettre en valeur les jeans italiens vendus à côté.

Deux portes plus bas, je rencontre l’ancien directeur de l’Opera Amato devant ses vieilles chambrées. Il m’a vu filmer le panneau “A vendre” accroché sur la façade, et il évoque avec moi les changements qu’a subis le quartier depuis son déclin.

C’est une journée à écouter des histoires, une journée qui mène à l’ouest du Village, vers le domicile d’un de ses aïeux.

Il touche à tout, insatiable. Country, samba, metal… Principalement du métal. Les objets qui s’amoncellent dans l’appartement sont riches d’histoire ; des originaux de pochettes d’albums, des photos qui ne demandent qu’à raconter leur histoire. Nous décidons de fixer ce moment et nous mettons au travail.

Il me raconte comment cela a commencé, à quelles sirènes il a répondu pour atterrir dans cette ville, ce qui l’a gardé ici… Joey Ramone, Beck Hansen ado, Jim Jarmusch et Jean-Michel Basquiat au Todd’s Copy Shop, Patti Smith dans le magazine Creem, et la naissance du hardcore.

Son solo est féroce, transcendant. Quant il nous suprend avec une explosion pleine de suspense après qu’il eut terminé, nous sursautons puis rions de notre surprise, et rions de plus belle, pour nous remettre de nos émotions.

Je me délecte de ce récit livré en personne, le prolongement d’un bruit, la persévérance d’une impatience.