La Blogothèque

Nisennenmondai live

Lorsque l’on est très très fatigué, tellement fatigué que l’esprit et le corps refusent de se mobiliser sur quoi que ce soit ; il arrive dans ces moments-là, que l’on se sente comme débarrassé des scories de la vie, de ces choses superfétatoires que trop souvent on considère comme essentielles. On se recentre alors sur soi, sa vie, voire sa survie.

Voilà exactement ce que font les filles de Nisennenmondai : aller à l’essentiel. Oublier les scories musicales, les arrangements superflus, les paroles qui encombrent, les notes inutiles. Prendre un thème, l’étirer, le répéter à l’infini, jusqu’à l’hypnose, jusqu’à ce que la transe musicale abolisse tout ce qui n’est pas musique et que l’on cesse de vouloir rechercher du joli, du beau, du facile pour se concentrer sur la pulsion vitale, le rythme et la boucle mélodique. Comme un cœur qui bat, comme lorsque l’on abdique et que l’on ramène la musique à ce qu’elle a de plus essentiel, de plus primaire.

Alors peut-être que pour bien écouter Nisennenmondai, il faut ça, cet abandon total de soi et ce retour à l’essence de la musique. Peut-être que c’est ce que recherchait Jaki Liebezeit “le métronome”, le batteur hypnotique de Can, quand pendant des heures, sans dériver d’un iota, il cognait sur sa batterie pour accompagner Damo Suzuki. Peut-être aussi que c’est ce que recherche Thurston Moore quand avec Sonic Youth, il renouvelle sans cesse la définition de la mélodie. Peut-être au fond, que c’est ce que nous recherchons tous, une musique tellement proche de notre essence qu’elle en devient pulsion de vie. C’est cette  musique-là que délivre Nisennenmondai, une musique austère de prime abord, faite d’une rythmique implacable sur laquelle les boucles de la guitare et de la basse s’étirent, lancinantes, infinies, avec d’infimes variations, comme autant de subtiles digressions. Des morceaux infinis pour rythmer le cours de nos vies.

EP en écoute sur Bandcamp :  Nisennenmondai Live (2011)

Concerts en France : 2 juin à Glaz’art à Paris,  3 juin au Temps Machine à Tours, 4 juin aux Nuits Sonores à Lyon