La Blogothèque
Concerts à emporter

Battles

Une musique au cordeau, moderne, anguleuse. Un salon Rococo, solennel, énorme. Et un Concert à emporter atypique, loin très loin de nos dogmes. Ce jour là, dans les salons de l’Hôtel de Ville, tout le monde est sorti de son orthodoxie

Nous avions pendant des jours cherché des hangars, de l’industriel, des lignes, des espaces vides, du perpendiculaire. Et l’inverse s’était offert à nous, suite à l’enthousiasme immodéré d’Agnès qui travaille à la mission cinéma de Paris et voulait voir “comment ça ferait, un concert Blogo à la Mairie” : c’était incongru, c’était diablement excitant. Nous allions filmer Battles dans un salon rococo de l’Hôtel de Ville de Paris.

Dès lors, autant jouer le choc à fond : monter tous les machines possibles, faire glisser des caisses énormes, courir des câbles par dizaines sur ce parquet ancien et bruyant. Construire un mur d’amplis sous une fresque à la gloire de l’agriculture triomphante, préparer un mur de son qui ferait trembler, nous racontera-t-on après, le sol dans les bureaux des étages supérieurs.

On ne saurait bien dire à qui nous tordions le plus le cou : au futurisme net et anguleux de Battles, ou aux chantillys accumulées sur les murs du salon Bertrand de l’Hôtel de Ville. Le régisseur de l’endroit balançait entre l’inquiétude et l’amusement, les trois du groupe arpentaient l’espace les yeux vers les lustres, médusés. Pendant que leur ingé son soudait quelques fils à même le sol, Ian avait du mal à faire redescendre la tension.

- Tu sais, on ne joue jamais live sans public, comme ça. On a besoin d’excitation… Tu penses qu’on pourrait avoir de la bière ?
- De la bière, ici ? Mieux vaudrait du bon vin…
- Ha pourquoi pas. Mais il faudrait de vrais verres, non ?

L’accessoire était trouvé. Le verre à pied comme liant entre les deux mondes.

Puis la machine fut lancée. Au final, nous étions sur un terrain aussi peu familier que le groupe : cette musique mathématique, découpée à l’extrême, ces morceaux longs avec des boîtes dans les boîtes, nous ne pouvions pas les filmer à une seule caméra. Nat se retrouva à diriger cinq caméras, à chercher à ne pas rater une microseconde de ce qui se passait. Le résultat ne ressemble à rien de ce que nous avons fait. Blogothèque, Battles, Bertrand : trois B qui se sont lancés dans une expérience tordue. Voilà le résultat…

Nous sommes restés plus de quatre heures dans le salon Bertrand. Nous sommes allé bien au delà des horaires promises au personnel de l’Hôtel de Ville : nous avions promis de débarrasser les lieux à 19h30, et à 20h passées, nous n’avions pas encore enregistré Futura, que nous nous étions promis de filmer.

Nous étions tous épuisés, le groupe en particulier : ils avaient perdu de leur rigueur, ils se laissaient plus aller, John le premier qui face à sa batterie, montrait qu’il luttait avec son instrument malgré la fatigue. Jouer “Futura” ce soir là, pour eux, c’était lutter contre la bête. Leur bête.

 

Les Battles sont en concert le 30 juin 2011 à Paris au Cabaret Sauvage et leur album est disponible sur iTunes.