La Blogothèque

From Féroé with love…

Des îles Féroé, on connait la valeureuse équipe de football (un gardien et dix défenseurs) et le champêtre stade de Tórshavn. On a de vagues notions géopolitiques (un rattachement au Danemark), mais on méconnaît sa scène musicale, logiquement en retrait des grands axes. Les îles Féroé ce sont à peine 50 000 habitants, mais trois artistes qui font l’actualité printanière.

Teitur Lassen a choisi l’exil. A dix-sept ans. Pour le Danemark d’abord, puis pour Londres où il est désormais installé. Une destinée logique quand on se passionne pour la pop et le rock anglais et qu’on a des ambitions qui dépassent le cadre forcément restreint d’un archipel perdu trop au nord. Il a été le premier artiste féringien à être signé sur un label, s’est lancé dans la production pour autrui (Le Cheshire Cat et Moi de Nolwen Leroy, c’est lui) et en est à son maintenant quatrième album (l’étrangement nommé Let The Dog Drive Home ). En découvrant celui-ci notre dépaysement est relatif, le terrain est connu et plutôt familier : romantisme sophistiqué à la Coldplay (“Betty Hedges”), une inclinaison pour la chanson pop un peu datée (“You Never Leave LA”, très Joe Jackson) et des arrangements érudits (“Very Careless People”, qu’on aurait bien imaginé chantée par Sinatra). De ses origines, on ne décèle que des bribes : une mélancolie omniprésente, des troublantes intonations à la Högni Egilsson (le chanteur de Hjaltalin) et quelques “coups de froid” dans une musique globalement chaude.

Pour plus de dépaysement et pour s’éloigner un peu des standards, on ira écouter Bui Dam, grand voyageur revenu au pays et sa musique passionnelle (et passionnante).

Budam , c’est un peu le Tom Waits des Féroé, qu’on imagine grande gueule, bourré à l’alcool local, chantant sur les tables des sombres bars locaux, haranguant les rares consommateurs avec sa voix grave et une gouaille légendaire. C’est l’artiste incompris, qui voudrait faire du cabaret comme on faisait autrefois et qui, faute de moyen et d’audience, en fait une version intime et décalée avec les moyens du bord, à tiroirs, foutraque et sale, mais traversées d’éclairs de beauté. Un homme qui dès son deuxième album ( Man ) se lance, seul ou presque, dans un concept démesuré en quatre parties (la nature, la religion, l’amour et la mort) en une demi-heure à peine. Et l’assume, avec moments de délicatesse et accès de brutalité, avec cent idées à la minute et la frustration créative. Sa musique est virile, elle prend au corps mais quand elle vous soulève, c’est sa part de féminité qui prend le relais : des caresses plutôt que des claques (un piano doux qui succède à des vagues d’emportements). Et toute une ambiguïté fascinante…

Il faudra se faire un temps à ces sonorités septentrionales avant d’aborder celles d’Orka et leurs radicalités singulières.

Orka fait du rock industriel sur une île où il n’y a pratiquement pas d’industrie, et fabrique ses propres instruments à partir d’objets de récupération. De l’indus lo-fi en quelque sorte. Avec les incontournables du “style” (sons métalliques, percussions en avant, chant-cri…) et des spécificités locales (ou qu’on assimilera en tant que telles) :
chant en féringien, trames de fond à la Sigur Ros des débuts, ferveur presque spirituelle… Rebutante sur le papier, la musique d’Orka se révèle étonnamment accessible sur Oro, leur nouvel album, entre vagues de douceurs et sensibilité Depeche Mode (version rugueuse, la langue n’étant pas spécialement “coulante”) qui émergent largement de fracas saccadés et rythmiques martiales. Des cordes (ou ce qui y ressemble) pour atténuer la brutalité, réminiscences d’une collaboration passée avec Yann Tiersen, et un chant qui sait se poser pour mieux faire s’élever les émotions.

Il y a sûrement encore d’autres musiques féringiennes à découvrir, au-delà de celles qui s’exportent seules. D’autres Teitur qui rêvent de faire comme leurs idoles d’adolescence, d’autres Budam qui ont trainé leurs guêtres partout dans le monde et sont revenus chez eux nourrir leurs musiques de ces influences multiples, et d’autres Orka, qui font un rock inné, pas forcément “véritable” mais incontestablement sincère. On devrait y faire escale, un jour, sur le chemin de Reykjavik…

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Let The Dog Drive Home le nouvel album de Teitur est sorti chez Ear Music

Man, le nouvel album de Budam est sorti chez Volvox

Oro, le nouvel album de Orka est sorti chez [Ici D’Ailleurs
->http://www.icidailleurs.com/]

Budam et Orka seront en concert ce jeudi 28 avril au 104 à Paris…