La Blogothèque

Flotation Toy Warning, le temps dilaté

Flotation Toy Warning sort de son silence avec deux titres gravés sur un 45 tours à tirage limité et fait des promesses pour la fin d’année 2011. Elle n’engagent, comme toujours, que ceux qui y croient. Et l’envie d’y croire est tenace.

C’est dans les gênes de Flotation Toy Warning. Quel que soit le sujet, le rapport au temps est un sujet sensible. De même qu’on compte en euros ou en anciens francs, qu’on mesure les distances en kilomètres ou en miles, qu’on fait monter le thermo en degrés fahreinet ou celcius, on mesure le temps en unités connues de tous (les minutes, les années) ou en unités “Flotation Toy Warning”, ces périodes suspendues où toutes les dilatations sont possibles. Sa musique étire les sens, les sons, les voix et a inventé une grammaire qui épuise tous les repères connus en matière de perception des longueurs. Un morceau de 4 minutes 30 en paraîtra 9. Un morceau de 7’30 en semblera 4. C’est une dimension qu’il faut assumer pour obtenir le privilège de se laisser bercer par elle.

Mais ce qui est vrai à l’échelle des minutes l’est aussi à celle des années. Sean Bouchard, le patron du label Talitres, nous avait raconté il y a quelques années les frustration endurées entre 2002, moment du choc des premiers EPs, et août 2004, moment de la parution du premier album du groupe. Deux ans? C’était le bon temps. Après avoir porté son premier essai à maturité sur toutes les scènes possibles, Bluffer’s Guide to the Flight Deck , Flotation Toy Warning redonne des nouvelles seulement aujourd’hui, après un septennat de blanc discographique.

When the boat comes inside your house

Talitres, après l’avoir mis en vente par correspondance ces derniers jours, fera paraître mardi dans les bacs un 45 tours à tirage limité composé de deux titres, When the boat comes inside your house et A Season underground . On retrouve sur les deux plages ce coussin de guitares et d’orgues mutuellement influencés, cette musique binaire, faussement nonchalante, ouvragée comme de la dentelle, soutenant la voix virile et fragile de Paul Carter. On retrouve à son contact cette familiarité instinctive qu’on peut avoir avec les amis longtemps perdus de vue, et avec elle ce sentiment que la complicité d’antan reviendra progressivement. Le temps, toujours. Celui qui crée le besoin, ce qui bonifie, celui qui veut que tout se mérite.

Sean Bouchard consent que l’objet, hyper intrigant (pas de CD, n’insistez pas, mais il y a un code pour télécharger bien sûr), est le produit d’une insondable attente, le côté face d’un groupe qui abuse de son côté attachant pour repousser l’instant du mix définitif. “J’attends depuis de longues années l’opportunité de diffuser de nouveaux titres du groupe. Je suis réellement très attaché à Flotation Toy Warning et un vrai sentiment de frustration commençait à poindre devant le retard, les annonces repoussées, d’où cette proposition faite au groupe il y a quelques mois. Procéder par étapes, sortir une succession de 45 tours annonciateurs d’un second long format à paraître ultérieurement. Ou comment dévoiler petit à petit les nouvelles compositions. Et j’aime l’idée de l’objet physique peu commercial, pour les fans… et aller plus loin ensuite .”

Une scène à la rentrée

Un autre 45 tours est annoncé avant l’été. Un autre à la rentrée. Et l’album dans la foulée – une foulée à l’ampleur non déterminée, bien sûr – avec ces titres-là, et d’autres qui sont encore en cours de formation par Paul Carter, Ben Clay, Nainesh Shah, Vicky West et Steve Swindon, producteur du chef d’oeuvre et 2004 et désormais musicien à plein temps avec la bande. Il y aura plusieurs scènes en France à la rentrée. Disons, en tout cas, que c’est le plan du moment. C’est comme le 45 tours : on le croira quand on le verra, quand on y sera et quand le temps sera suspendu, une nouvelle fois.

Quelques brasses avec Flotation Toy Warning (2005)

Flotation Toy Warning chez Talitres