Près de vingt années de vie commune. Une lassitude qui pointe. La crise de la trentaine bien passée. L’envie d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Quatre “jeunettes” bien séduisantes. Une évidence…
PJ Harvey et moi c’est fini. Vingt années ou presque de vie commune, d’amour et de fanatisme depuis cette première rencontre dans les bas-fonds indés avec “Sheela Na Gig”, qui se terminent sur un constat d’échec : la passion a cédé la place à la routine et à l’indifférence. Let England Shake
sur disque et en live, ce n’est plus la Polly Jean sauvage des débuts, la rebelle sexy, la provocatrice timide, tous ces paradoxes qui affolaient mes sens. Il y avait eu des signes précurseurs, les précédents albums qui me laissaient de marbre, et mes aventures extra-conjugales avec Chan Marshall, qui elles aussi étaient arrivées à une inéluctable rupture. Polly Jean, tu as changé je ne t’aime plus, nos chemins doivent se séparer désormais, il faut que tu sois forte. C’est ainsi…
Il est temps pour moi de remettre en question mes habitudes, de retrouver mes ardeurs passées, de revivre ces émois d’antan, de me sentir jeune à nouveau. Mon âge, mon expérience plutôt, feront les joies des jeunes artistes auxquelles je veux consentir un peu d’attention. Et s’il faut que je succombe à leurs charmes plus juvéniles, ma chair est faible et consentante…
J’ai voulu mettre de la distance entre nous, Polly. Je suis allé jusqu’aux antipodes, en Nouvelle-Zélande précisement, m’éprendre d’Annabel Alpers
, une jeune passionnée de vieilles machines et d’atmosphères éthérées, qui oeuvre en solo sous le pseudonyme de Bachelorette
. J’ai été attiré par son indépendance farouche, son jusqu’au-boutisme dans la démarche et par des impressions de talent brut qu’il faudrait montrer au monde, mais qui serait mien d’abord. Il émanait d’elle une douceur trompeuse, une musique faite de couches et de superpositions, de voiles qui cacheraient plus de rugosité et une personnalité complexe. Ses chansons embrassaient le monde, évoquaient des temps passés et permettaient des projections lointaines… mais ses ambiances électroniques m’ont vite lassé, ses rengaines étaient trop abstraites, trop conceptuelles, j’avais besoin d’immédiateté. Mon emballement était plus fantasmé que réel et j’ai compris que l’idylle ne serait que passagère. Trop de différences entre nous Annabel, trop de désirs contradictoires…
J’ai ensuite eu le béguin pour une jeune rebelle américaine, Erika M. Anderson, qui se produit sous le nom d’EMA
. Le genre de fille qui fuit le Dakota du Sud pour Los Angeles quand elle a dix-huit ans, juste parce que Welcome To The Jungle
est un disque cool… La nana qui se plait à jouer du folk violent, qui met de la distortion dans tous ses morceaux et qui se retrouve à faire les premières parties de Throbbing Gristle puis à collaborer avec le Kronos Quartet. La riot grrrl nouvelle génération qu’on compare sûrement à tort à ses aînées Liz Phair ou Chan Marshall. Et à toi, Polly, évidemment… J’ai vu en elle ta réincarnation plutôt que ta descendance, j’ai aimé les tensions dans sa musique, les lancinantes constructions sonores, ce “California” qu’elle appelle sa ballade rap noisy et qui plagie tant de choses qui me parlent… Je l’ai quitté sur une révélation : elle doit s’épanouir loin de moi, vivre son art en toute liberté, on se retrouvera plus tard sûrement…
J’ai cru qu’en allant me frotter au rock italien, j’allais enfin pouvoir trouver la perle rare. Avec Francesca Lago
, je pouvais associer un passé punk avec un présent plus posé, mais pas convenu pour autant : la dame a des liens avec les sauvages et expérimentaux Peter Kernel, elle s’accompagne sur disque d’un violoncelle fort peu orthodoxe… Elle a le charme latin et une voix douce, parfaits pour balancer ses emportements de fausse calme, un tempérament proche de celui de Shannon Wright. Notre liaison semblait s’appuyer sur de solides fondations mais Francesca Lago est sûrement revenue de possibles excès passés : son rock flirte désormais avec la variété un peu trop ouvertement et use de ficelles trop évidentes pour que je plonge corps et âmes. De la simulation peut-être, je ne prendrai pas le risque de la tromperie…
C’était peut-être finalement plus près qu’il fallait chercher, à Londres, avec les trois jeunes furies de Rayographs
et leur épatant rock crade (réverbération, distortion, saturation) qui doit autant aux Pixies qu’à Electrelane. Elles ont le son sec de tes débuts, ces mêmes gestes tendus et ta douceur aussi, Polly, souvent… J’ai peu réfléchi, quelques notes, quelques riffs ont suffit; je n’ai même pas choisi entre le chant instinctif et la guitare sale, la batterie véhémente et la basse obéissante, j’ai choisi les trois protagonistes ensemble pour une aventure passionnée et intense…
Je suis épuisé Polly, j’ai été faible et présomptueux. Je suis de ta génération ou presque, mes envies ont suivi tes évolutions et ce que j’ai cru être un renoncement de ta part, n’est qu’un nouveau départ en fait. J’ai voulu me croire encore ce jeune homme fougueux à peine sorti de l’adolescence, mais je suis comme toi, j’ai mûri tout simplement, et ce n’est pas un handicap, juste une réalité que j’accepte désormais volontiers.
Polly, tu es la femme de ma vie, reprenons notre histoire commune. Annabel, Francesca, Erika et les autres ont le temps de me re-séduire, elles le feront bientôt, je n’en doute pas un instant… Je leur succomberai à la prochaine crise…
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Le premier album éponyme de Bachelorette sort le 16 mai chez Souterrain Transmissions.
Past Life Martyred Saints , le premier album d’EMA sort le 6 juin chez Souterrain Transmissions.
Siberian Dream Map , le nouvel album de Francesca Lago sort en juin chez On The Camper Records.
Le premier album éponyme de Rayographs sort le 16 mai chez Desire.





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