J’étais frustré. Frustré de tant d’années à jouer dans trop de groupes, à la fois comme batteur et comme pianiste, fatigué des habituelles lourdeurs administratives, lassé des sempiternelles discussions avec les labels…Je suis parti faire de la musique tout seul. J’ai tâté de la musique électronique, mais j’ai trouvé ça beaucoup trop technique pour mon pauvre cerveau limité; j’ai enregistré de la musique multi-instrumentale en solo, puis j’ai abandonné après avoir réalisé que je ne serai jamais capable de jouer ces morceaux live, à moins de n’avoir un groupe…à nouveau.
C’est seulement après avoir souffert 48 heures en tant que runner dans un festival de musique électronique sans intérêt, après avoir été piqué par des hordes de méduses sur la côte espagnole avant d’être ramené à la maison par un ex compagnon de galère, que l’extrême détresse de ma condition physique m’a permis d’avoir la révélation: faire de la musique sans instruments…
Je m’enregistrais sans attendre en train d’improviser, et au moment de presser le bouton Stop, j’ai réalisé que c’était la meilleure musique que je n’avais jamais faite. Aussitôt, je m’achetais un sampler et commençais à répéter mes nouvelles compositions vocales dans la station de métro du tribunal de Madrid. A la suite, vinrent les concerts, l’album, les festivals.
Petit saut rapide trois ans plus tard. Un gars qui se fait appeler Vincent Moon me contacte et me défie de reproduire l’expérience tout en déambulant dans les rues de Barcelone. Au départ, j’étais très réticent en raison de tous les problèmes techniques que j’entrevoyais à devoir jouer tout en marchant. Cela semblait impossible, mais c’est précisément ce défi, associé à un timing imposé qui était très serré (merci Vincent…) qui ont fait tilt…Accoutumé à ma pédale sampler connectée à un sound system, j’allais devoir improviser et bricoler un système mobile. Ont surgi alors la pédale de delay manuelle, l’ampli à pile minimaliste et le micro, le tout connectés dans un sac à dos: that’s it, l’homme orchestre du 21ème siècle était né.
Le résultat final fut quelque chose que je n’avais encore jamais fait ou même vu auparavant. En bref, vous me voyez donner vie à un nouvel Hyperpotamus, filmé, en direct, dans les rues de Barcelone.
Texte de Jorge Ramirez-Escudero (aka Hyperpotamus)






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