La Blogothèque
Concerts à emporter

Florent Marchet

Cela ne devait pas lui arriver souvent, à cette petite secrétaire, d’entendre une musique, un air, ne seraient-ce que des rires parvenir à elle depuis les fenêtres démesurées de ses bureaux bourgeois. Quand Florent Marchet et sa bande sont sortis de l’atmosphère compassée du taxidermiste en chantant la Charrette dans le soleil déclinant, l’occasion était trop belle de jouer les midinettes, de minauder depuis l’étage, de sortir une tête, d’appeler sa collègue, puis de se cacher, ressortir, glousser, et disparaître. Florent était pourtant prêt à faire sa sérénade, chanter pour elles dans la rue silencieuse. Mais non, fort dommage.

Fort dommage, car Florent Marchet était à point. Il s’était chauffé au milieu des ours polaires, des lions, des tigres et des têtes de singes trépanées. D’abord un ‘Benjamin’ tout sage, puis cette ‘Charrette’ où Florent a compris qu’il avait le droit de s’amuser, de s’adonner à ses petits pas de danse, puis sortir dans la rue. Vas-y, vas-y, nous te suivons.

Il est charmant, il est touchant, Florent. Il a appelé son pull jacquard ‘le pull Benjamin’, il l’avait rapporté exprès. Il avait une cravate de soie pour les moments où le pull Benjamin reposerait à côté. Une fois le jeu avec les ours bouclé, nous sommes partis lui offrir une cheminée, presque la même que celle de la pochette de son disque. C’était un petit appartement au plafond bas, un appartement parisien qui ressemblait aux studios de skis d’un autre siècle : cuisine ouverte, bar américain en pin, collection de GEO et vieux Guinness des Records sur les étagères. Il y avait aussi un vieux tapis : Florent s’y est assis seul et a joué l’une de ses plus belles chansons, L’Eau de Rose, là, au coin du feu. On était bien. On aurait bien pris un chocolat chaud, on aurait ri de nos bêtises passées.