La Blogothèque

Live Footage, Balmorhea des villes…

Pour Willow Be

, le premier album de Live Footage , comme pour Balmorhea il y a deux ans, c’est d’abord une histoire de pochette. Un design sobre et élégant qui évoque la fusion d’éléments, des idéogrammes (ou autres écritures d’origines asiatiques) pour induire un secret, un traitement plutôt haut de gamme pour un disque revendiqué comme une autoproduction…

Et des arguments qui font placer le disque sur le haut de la pile, l’écouter avec des a priori favorables et ne pas le regretter. Il n’était pourtant pas dit qu’un disque entièrement instrumental, fait de boucles et d’improvisations, décrit comme une œuvre surréaliste, joué en duo plutôt minimaliste (Mike Thies à la batterie et aux claviers, Topu Lyo au violoncelle et aux loops) et agrémenté d’évidents ressorts mercantiles (jouer largement sur les cordes sensibles), puisse susciter chez moi autre chose qu’une curiosité passagère…

Il y a l’effet de mode sûrement, Live Footage a des faux-airs d’Aufgang : moins de virtuosité et de talent pur mais des artifices efficaces pour compenser (rythmique sévère, puissantes lignes de basses sur “See The Reflection” notamment). Le duo joue avec la nostalgie aussi, se prenant pour Royksopp en un éphémère et subtil revival dancefloor (“Working Man Is Always Poor”).

C’est tellement direct et simple à l’écoute que cela en devient suspect : on est dans l’univers sonore des publicités les plus esthètes (le luxe déviant, les parfums qui veulent se vendre en faisant se caresser des mannequins), on fournit le matériel parfait pour des génériques d’émissions culturelles…

Ca frôle le pillage et la distillation savante de mélodies entêtantes, archi-connues sous des traits retravaillés (le sentiment obsédant de tout connaître déjà, d’être familier des mélodies dès la première écoute) mais c’est pourtant fort singulier. Live Footage joue avec l’électronique comme si c’était un cadre dont il faudrait toutefois s’affranchir : les trames de base sont simples et synthétiques, le violoncelle vient se poser lentement et on utilise les boucles et autres effets pour enrichir le tout, en rêvant vraisemblablement d’un orchestre pour les remplacer. La musique classique est une référence permanente, mais elle n’est abordée de front qu’en fuyant presque, à l’économie ou par timidité.

Willow Be est un disque discret, un petit recueil précieux de musique contemporaine urbaine et Live Footage, une sorte de Balmorhea des villes. Ici, un compliment sincère…