La Blogothèque
Concerts à emporter

Danielson

J’ai 22 ans, je travaille chez un petit disquaire, dans un sous-sol de Toronto, et j’attends avec impatience le moment où je pourrais choisir le disque qui passe dans la boutique.

A la maison, je passe encore Endtroducing en boucle, Kid Coala et Beth Gibbons sont en mode ‘repét’ sur mon discman. Dylan et Cohen se chargent quant à eux de combler les vides émotionnels qui restent derrière les rythmiques stylées et les amas de cordes de mes choix potentiels.

Allez, plus qu’un morceau avant que le disque de Smog ne se termine, je sais ce que je vais mettre. Le nouveau Tricky est arrivé, et je meurs d’envie de convertir de nouvelles oreilles à ce trip-hop crasseux.

Arrivé devant le lecteur de CD, je suis salué par Nathan. C’est le vétéran du magasin, l’autorité. Dans un monde pré-blogs, ses opinions font loi.

N : C’est quoi ?

Moi : Le nouveau Tricky. The Wire en a fait la critique ce mois-ci.

La mise en contexte est sans effet.

Moi : Je l’ai croisé à l’Opéra. Il était vraiment sympa en fait.

N : LAISSE MOI TE PARLER D’UN TRUC.

Nathan a eu un Falafel à déjeuner. De la coriandre en colère se jette sur moi.

N : TU VEUX ENTENDRE QUELQUE CHOSE ? GENRE QUELQUE CHOSE DE VRAI ? TU VEUX ENTENDRE QUELQUE CHOSE DE VRAI ?

Il est sérieux, il est outragé. Je m’incline.

N : DONNE-MOI ÇA

Il jette le disque, brise le boîtier au passage. Puis il sort une pochette colorée de sous le comptoir, que je ne reconnais pas.

N : S’il te plaît, écoute ça.

C’est la Danielson Family, et rien ne sera plus jamais pareil.

Le temps que nous passerons avec eux à Pop Montreal sera bref et irréel. Je suis en admiration devant Daniel et sa femme Elin. Son groupe est entraîné, prêt pour l’aventure, nous tournons dans l’une des allées les plus iconiques de Montreal, et la basse de John explose le pocketamp que nous lui avons fourni. Daniel est en bonne forme, sa voix puissante maîtrise sans souci ses mélodies complexes.

Nous nous arrêtons devant une église, et je ne réaliserai que plus tard la corrélation évidente. C’est l’aspect le plus déconcertant de la musique de Daniel : ses chansons sont emplies de foi, d’une croyance que la plupart de ses auditeurs n’ont pas, dénigrent même. Sa musique tient pourtant, à la fois malgré et à cause de son message. Pour Daniel, la foi est nécessaire, elle donne à ses chansons leur force. Et l’absence de cette foi laisse chez l’auditeur l’espace nécessaire à leur appréciation.

Enregistrement bouclé, au revoies échangés, nous nous séparons à l’hôtel, je prends la direction du nord. Vers chez moi, à la fin d’un cercle.