La Blogothèque

2010, Love Remains

Pas de grande révolution, pas de grand chamboulement, aucune fureur, nul fracas. Juste quelques disques qui font sacrément ’tilt’, beaucoup d’autres qu’on oublie très vite et quelques uns qu’on aura détestés aimablement (ça arrive aussi). Un rapport à la musique qui évolue, interroge, demande encore et toujours à être questionné (la sérénité n’aura pas encore été pour cette année) mais reste mu par la passion. Une obsession continue pour les compilations, des liens qu’on télécharge sans y penser, par automatisme, des disques qu’on achète sans “raison” (non qu’on ne les aime pas d’amour et d’euro frais, mais plutôt que ma raison me dicterait bien de cesser d’en acheter), des vidéos qui buzzent une demi-heure, et puis, au final, un total de 9 Go de musique téléchargée/achetée ET conservée (après nettoyage donc). Soit le volume le plus bas depuis 2006 (source iTunes). Un tiers physiquement possédé (tous achetés), un tiers sans doute supprimé dans les prochains 18 mois, et un tiers que ma raison parvient jusqu’ici a m’empêcher d’acquérir physiquement (ceux-là, on les achètera en solde. Ou pas). Une année tout aussi patchwork que la précédente, et qui peut donc se résumer en quelques disques.

How I got over (and got munny ?)


On savait Black Thought au mieux de sa forme, on ne doutait plus du talent de Questlove et de ses acolytes et on avait fini par plutôt bien accepter leur flirt avec le pop/rock (“The Seed” y étant pour beaucoup). Mais on s’était aussi quelque peu lassé d’albums en demi-teinte, poussés par des singles inégaux. Quand arriva le dernier album des The Roots , How I Got Over . Sortie discrète s’il en fut (autant que je puisse en juger depuis mon exil tanzanien), mais, enfin : un album, un vrai. Troublant d’homogénéité (on est loin des tracklisting inégaux de Phrenology ou Triping Point ), surprenant dans ses choix de production, intime et convaincant de bout en bout, sans doute leur meilleur opus depuis Things Fall Apart . Il y de l’inspiration, de la retenue, de la justesse et des frissons, des risques ET du consensus.

Au rayon hip-hop, on retiendra aussi le formidable EP live de Blitz the Ambassador , StereoLive , gros rendez-vous manqué de 2009, excitant, convaincant et détonnant. Mais aussi Succursale Kinshasa , dexuxième album très réussi, aux couleurs congolaises, du décidément très inspiré Baloji . Ainsi que le récent album de Big Boi dont on n’attendait pas tant : certes il y a un ou deux morceaux hideux, mais le très Jay-zy (époque The Blueprint ) Shine Blockas aura suffit à faire mon bonheur.

Enfin, au rayon “les amis de mes disques favoris sont mes amis aussi” on relèvera l’excellent “New Amerykah Vol.2 : Return Of The Ankh ” de la délicieuse Erykah Badu . Son “Turn Me Away ” m’aura permis d’entamer avec la dame une réconciliation que l’écoute répétée de l’album n’aura fait que confirmer et renforcer. Qu’on se le dise, cette dame la n’est pas prête de se laisser enterrer!

- The Roots : How I Got Over – Vidéo Dear God 2.0
- Blitz the Ambassador : [Stereolive

->http://stereolive.bandcamp.com/] – Vidéos StereoLive
- Baloji : Kinshasa Succursale – Vidéo Karibu Ya Bintu feat Konono No1
- Big Boi : The Son of Chico… – Vidéo Shine Blockas
- Erykah Badu : [New Amerykah Vol.2 : Return Of The Ankh

->http://www.amazon.fr/New-Amerykah-Vol-2-Return-Ankh/dp/B003597ORA/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1296459481&sr=8-1] – Vidéo Turm Me away (Get Munny)

Love remains (the same)


Mais si How To Dress Well a marqué 2010 de son empreinte, c’est (surtout) pour la capacité de sa musique à émouvoir et à surprendre (…). Et cette capacité tient essentiellement en la rencontre de deux univers : la spontanéité d’une production psyché-noise saturée et la sensuelle application d’un chant R&B jamais emprunté.

Je n’ai certainement pas tout dit à propos de Love Remains mais tout ce que j’avais à en dire est là. L’amour est intact, rien à ajouter. Si ce n’est que Active Child aura été un formidable challenger.
- How To Dress Well : Love Remains – Vidéo Video – On the Mix
- Active Child : Curits Lane – Vidéo Wilderness – On the Mix

Courage! (Avançons.)


Totalement inconnu au bataillon de mes références francophones, Bertrand Belin m’aura surpris avec un album d’une douce radicalité dont l’écoute répétée aura constitué l’une des plus belles expériences auditives de l’année. Sobre à souhait, économe sur les mots autant que sur les arrangements, se résignant à parcourir ses mélodies au ralenti, il imprime une émotion singulière qui sublime chaque note, chaque mot, chaque seconde. Tout semble avoir été l’objet d’une incroyable et pourtant nonchalante attention. Les mots dessinent des personnages, des instants dont on ne parvient plus à discerner la tristesse du bonheur. Mais qu’importe. On commence peu a peu à lâcher prise. Une notion singulière du temps et de l’esthétique s’impose à nous. Les secondes durent plus qu’on ne le croirait possible. Le ralenti se fait plus perceptible encore. La température monte. Et pourtant l’on frissonne. La chaleur, l’ancienne chaleur . Tout semble peu à peu figé. Incroyablement léger, mais pétrifié. Et pourtant, c’est indéniable, le vertige nous gagne. On ne sait plus rien, et l’on a soudainement le cœur qui explose lorsque résonne “courage, avançons, ce jour arrivera où nous arriverons… à voyager, légers, légers “.
- Bertrand Belin : Hypernuit – Vidéo CAE – Blogo Interview

O Brother (Where Art Thou?)


Mon camarade Furtif l’a dit avec ses mots a lui. Avec sa subjectivité toute moite et les sens sans dessus-dessous, il a décrit un album sexué jusqu’à la moëlle, une sorte de brûlot erotico-cradingue qui s’insinuerait dans les oreilles des jeunes gens biens pour descendre lascivement jusqu’à leur slip endimanché et y provoquer moult mouvements copulateurs. Un fort joli texte pour un album qui n’en méritait peut-être pas tant. Non qu’il ne rende à moitié fou et que nous ne le considérions sans nul doute comme un des disques pop (oui oui) les plus obsédants de ces 12 derniers mois… Mais il nous semble que les nombreux apparats dont sont ici affublées les incroyables compos des Black Keys aient rendu leur musique plus neutre justement. Là où Thickfreakness plongeait goulûment les doigts dans la vaseline, Brothers dessine une lingerie coquine affolante (un peu Suicide Girl en latex) mais quelque peu neutralisée par ce souci du détail coquin. Mais il s’agit là d’un détail, l’essentiel étant que cet album déchire tout. Ou presque.

Avi Buffalo (au pays des songes)


Je me souviens avoir écouté l’album d’Avi Buffalo d’une traite, pendant que ma fille, née quelques semaines auparavant, faisait sa sieste et alors que j’étais allongé dans le hamac de notre terrasse, le casque vissé sur les oreilles, le baby-phone placé dans une main, l’iPod dans l’autre, les yeux clos. Je me souviens parfaitement du ravissement ressenti à la découverte de ces chansons aigres-douces, aux arrangements délicats et au chant écorché. Je me souviens de la mélancolie ressentie, la tristesse bien réelle, induite par des mélodies assassines, la joie suscitée par un album débordant de chansons merveilleuses. Je me souviens de la belle synchronisation du hasard, quand ma fille se réveilla au terme de “Where’s Your Dirty Mind” et finit par se rendormir dans mes bras, accompagnant ma deuxième écoute de l’album. Un moment résolument à part pour un album qui le fut aussi, à sa manière.
- Avi Buffalo : Avi Buffalo – Video Where’s Your Dirty Mind? (live)

Nacho Umbert (Sin Compania)


Seul disque espagnol ayant véritablement et durablement retenu mon attention cette année (jamais nous n’avions connu pêche aussi maigre), ce Ay… aura été a la fois jouissif et rédempteur. Folk douce et marine, sur laquelle voguent des histoires de départ et de poulpes, chantée par une voix qui évoque le bruit des amarres qui s’étirent et craquent tout autant que le clapotis des vagues qui caressent la coque d’un navire. Un disque de départ et de retour, un album délicieux et poignant. Un disque certes isolé dans ma bibliothèque, mais un disque que la solitude n’effraye nullement.
- Nacho Umbert Y la Compania : Ay… – Vidéo Confidencias en el palomar

Le Mièle (l’Erable et l’Imbécile l’Heureux)


Avec sa pop facile, semblant s’offrir aux oreilles avec la décomplexion d’une fille de joie, Le Jour et la nuit des Belges de Mièle s’est pourtant très vite révélé constituer un album bien plus complexe et réjouissant qu’escompté. Tu n’es pas là et sa gravité légère, Châteaux de Sable et ses faux airs niais, Dans la nuit et son atmosphère de douce agonie, autant de chansons bouleversantes qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire comme la plus belle bande-son du plus beau mois de mai de toute ma vie entière à moi.

Surprise et plaisir similaire avec le très réussi La Reproduction d’Arnaud Fleurent-Didier qui commença tout d’abord par piquer ma curiosité avec un single étonnant (du Diabologum à la sauce seventies ?). Avant de susciter une véritable excitation à mesure que je me sentais emporté par cette production pourtant de prime abord jugée un peu putassière. Au final, reste le bonheur de s’être laissé conquérir par un album plein de surprises, de cynisme, de malice, de provocations, de fausse complaisance et de sublimes moments.

Au contraire de ses acolytes francophones ici cités, les albums de Jérôme Minière font toujours l’objet chez moi d’une grande attention, tant l’univers du monsieur s’est toujours avéré constituer un refuge de grand confort pour mes oreilles. On s’attend à des surprises, on anticipe les idées originales, les associations audacieuses, les réflexions lourdes de sens, lâchées au détour d’une mélodie. On se prépare à des accords rugueux, à des désaccords soyeux… On sait ce qu’il y aura au menu et pourtant… Et pourtant on a aucune idée du goût que ça aura. On est bien en peine de deviner si le Canadien aura suivi ses instincts électro ou ses envies pop, ses penchants dance ou ses aspirations folk. Mais à aucun moment on ne doute ; assurément, ça sera à la hauteur de nos attentes. Et ce nouvel épisode, intitulé “Le Vrai, Le Faux “, n’aura en rien déroger à la règle.

- Mièle : Le Jour et la Nuit – Vidéo Chateaux de Sable
- AFD : La Reproduction – vidéo Je Vais Au Cinéma
- Jérôme Minière : [Le Vrai, Le Faux->]

Sharon Jones (& compagnie)


Comme beaucoup, j’en ai plus que soupé de la vague neo-soul. Mais comment ne pas se réjouir de la sortie de I Learned The Hard Way de Sharon Jones and The Dap-Kings , comment ne pas apprécier sa production léchée et ne pas saluer le souci des Dap Kings de ne pas se répéter, de constamment explorer les pans les plus sémillants de la soul-funk. Et comment ne pas admettre que si l’album de Aloe Blacc semble pêcher par une sorte de semi-apathie latente, c’est en même temps cette retenue qui intrigue et qui font que ses compos, fichtrement efficaces et à la production étonnamment sobre, sont parmi celles qu’on a, presque malgré nous, le plus écoutées en 2010. Et puis, dans une moindre mesure, comment ne pas reconnaître que si l’album des Kings Go Forth est trop peu emprunté pour être parfait, ça n’en reste pas moins un putain d’album (“Paradise Lost”, bordel !). Comment ne pas saluer à nouveau le talent de The Budos Band dont l’album III est aussi réussi qu’explosif. Espérons que tous ceux-là continuent longtemps de nous réjouir tandis que la FM se choisira bientôt, on espère, un nouveau cadavre à dépouiller.

- Sharon Jones & The Dap Kings : I Learned the Hard Way – Vidéo I Learned…
- Aloe Blacc : Good ThingsCAE
- The Budos Band III

- Kings Go Forth The Outsiders Are Back

Four Javelin, a Caribou, a Toro (y Moi y moi y moi)


L’année débuta presque avec ce No Mas , de Javelin , étincelle détonante et ludique qui me mit en joie et m’accompagna vers des contrées musicales que j’avais quelque peu désertées. Ce fut l’excitation d’y déceler des influences diverses et toujours recyclées avec talent (et une adoration sincère, un respect “léger” et pourtant profond). Ce fut le plaisir simple de se laisser entraîner par des mélodies enjouées et euphorisantes, ficelées à la perfection et diablement exaltantes. Des morceaux qui prennent au corps et savent titiller les neurones ; un album cérébral et animal, comme on les aime !
Ainsi en fut-il aussi du Caribou et du Four Tet , jouissifs à souhait, et du Toro Y Moi aux compositions savamment déstructurées.

- Javelin : No Mas – Vidéo C Town
- Caribou : Swim – video Sun
- Four Tet : There Is Love In You – Vidéo Sing
- Toro Y Moi : Causers Of This

La moitié d’une déception (et des poussières)


L’année fut notamment marquée par le retour de The National . High Violet n’est certes pas un très bon album, mais c’est un album “plus que correct” (je pèse chaque mot). Il n’atteint pas les sommets de Boxer et surtout, il ne rivalise pas avec son endurance (rien a jeter sur Boxer ) Mais – surtout depuis qu’est sortie l’expanded version – peut-on parler de déception pour autant ? Peut-on oublier l’émotion suscitée par la découverte de “Terrible Love”, jouée tambour battant sur le plateau de Jimmy Falon (version heureusement incluse dans la dite “expanded version” – la première version ayant été totalement sabotée) ? Peut-on occulter le bien (et le mal) que me fit l’écoute répétée de l’entêtant “Afraid Of Everyone” ? Peut on nier les qualités de “Bloddbuzz Ohio”, “Runaway” ou “Anyone’s Ghost” ou du surprenant (l’intro bordel!) “Wake Up your Saints”? Même “Vanderlyle…”, débordant de pathos ne m’enlèvera pas de la tête que cet album est “tout a fait correct”. Les ficelles sont forcément plus évidentes (pas toujours), mais les chansons n’en sont pas moins tour à tour puissantes, émouvantes, envoûtantes.

De l’album de Arcade Fire , je ne saurais en dire autant, tant il me semble s’y cacher moins de motifs de réjouissance. Mais à l’inverse de leur album précédent, The Suburbs m’intrigue et me plaît un peu plus à chaque écoute. Si on y sent le groupe encore un peu hanté par le succès de Funeral , on y décèle aussi des signes encourageants, des directions étonnantes. Et puis un sacré single!
- The National High Violet – Vidéo [Terrible Love
->http://www.youtube.com/watch?v=Efg1h0EzLeE]
- Arcade Fire The Suburbs

Une année de leak (et de brac)


2010, comme chaque année, fut aussi colorée par des albums dont on s’est délecté un peu, beaucoup, mais pas assez à la folie . Noria et sa folk douce et émouvante, Dam Funk et son funk adolescente, Bilal dont la superbe vidéo de “Is This Love” aura créé une attente que l’album n’est jamais parvenue à totalement calmer, un peu comme le Big Echo des Morning Benders, trop inégal (sentence injuste tant ce “Excuses” restera un des plus baux moments de l’année) ou le précurseur Bye-bye Dictators de Hank Harry. Il y eut aussi des oublis , sûrement, mais également des rendez-vous manqués , des albums pour lesquels on n’a jamais trouvé la disposition émotionnelle et affective. Au premier rang desquels se trouve étonnamment l’album de Micah P Hinson, mais aussi ceux de Menomena, Shearwater, Sufjan Stevens, Eagle Seagull et Joanna Newsome. De ceux-là, on ne veut rien dire de définitif. Il y eut des rééditions , dont on retiendra surtout le formidable coffret Syl Johnson. Et puis il y eut des chansons . B.O.B. et Bruno Mars, avec leur “Nuthin’ On You ” tellement tubesque et tellement jouissif, Destroyer et ses “Archer on the beach ” et “Grief Point ” qui auront suffit à provoquer une excitation d’autant plus vive que la sortie de l’album approche à grand pas. Cults et leur “Go Outside ” qui emprunte son intro au massacre de Jonestown. Et Puis, on l’a dit, l’énorme “Excuses ” des Morning Benders.

Enfin, 2010 se termina sur de belles promesses . Celle de Destroyer déjà évoquée, mais aussi celle de Air Waves dont on a dévoré le leak avec une avidité sans nom. A suivre, donc.