La Blogothèque

Spoon

Téléchargez les mp3 de la session !

Spoon : The Ghost of your lingers- Take Away Show version
Spoon : Got Nuffin – Take Away Show version
Spoon : Black Like Me – Take Away Show version

Ça devait être un soir de février je crois. Furtif, Garrincha et moi nous lamentions sur des problèmes de société majeurs, tels que ces groupes qui ne venaient que trop rarement nous rendre visite en France. Spoon faisait partie de ceux-là. Et puis, sûrement pour mettre en veilleuse nos discussions de midinettes bourrées, Dieu, ou du moins un tourneur bien avisé s’est décidé à exaucer notre souhait de les voir revenir à Paris.

Britt Daniel et sa bande sont arrivés à Pigalle vers midi, neuf mois plus tard. Un brin distants, sûrement fatigués, il parlaient à peine. Nous, on était trop intimidés et aussi trop occupés à spéculer silencieusement sur la setlist pour réussir à détendre l’atmosphère. Le premier geste est finalement venu d’eux. Des d’accords martelés réveillant immédiatement en nous une tension jubilatoire. De celle qui vous immobilise sur place à coup de frissons dans l’échine. Et son paroxysme atteint avec le roulement de baguettes sur un tas de vieux vinyles poussiéreux. Cette version inédite de “The Ghost Of You Lingers”, c’était leur façon à eux de nous montrer qu’ils étaient contents d’être là. Pas besoin de beaucoup de mots, finalement.

Comme l’éléphant cherchant à rentrer dans le frigo, les quatre larrons se sont mis en tête de jouer dans la pièce la plus étroite de la Phonogalerie, équipe de tournage incluse. Soit un recoin exigu rempli d’archives sonores, où nous fut donnée une interprétation claustrophobique et comprimée de “Got Nuffin”. La promiscuité oeuvrant probablement comme catalyseur, l’émotion s’est mise à transpirer discrètement des façades impeccables, presque lisse, des compositions de Spoon.  La voix de Britt Daniel s’est mise à déraper dangereusement des rythmiques solide et balisées par les trois guitare, révélant le désespoir dissimulé sous les atours musclés du hit indie.  

Et il y eut ce “Black Like Me” dans le restaurant désert d’un hôtel du coin, où on aurait pas été surpris de croiser le tenancier fantôme de l’Overlook. Prenant le contrepied de la discrétion et des sentiments jusqu’à présent réprimés les piano de verre s’est mis à retentir à cordes déployées, comme pour combler le vide et chasser les derniers spectres présents. Il a fait nuit tout d’un coup. Un  véritable tour de force à deux heures de l’après midi que de nous projeter dans ces heures indues où il ne nous reste qu’à pleurer, taper du pied et reprendre en chœur les invectives de cet hymne ardent. Les applaudissements venus du fond ont refermé cette parenthèse hors du temps. Et aux membres de Spoon de s’évanouir dans la rue, le temps que nos yeux se réhabituent à la lumière extérieure.