La Blogothèque

2010, mes oublis

Chaque fin d’année, le même regret : pourquoi n’ai-je pas parlé de ces disques qui m’ont marqué ? Chaque année, le même scénario : je boucle ça avec 3 semaines de retard. Mais voilà. Mes disques favoris de l’année, puis mon avis sur pas mal d’autres.

Sans ordre particulier, hein.

John Grant – Queen of Denmark

– L’histoire (la drogue, l’homosexualité, la loose, les bons copains) a été répétée mille fois, comme si c’était elle qui faisait la valeur du disque. Elle aura au moins eu le mérite d’attirer l’attention sur un album qui le mérite amplement. Un hommage magnifique aux songwriters de la fin des sixties et du début des seventies, rappelant parfois le meilleur de de Harry Nilsson ou Randy Newman (‘Silver Platter Club’), se permettant un pétage de plomb dans le dernier virage (‘That’s the good news’ et ‘Supernatural Defibrilator’) juste après avoir commis la chanson la plus écorchée de l’année (‘Queen of Denmark’, croisement entre le ‘Without you’ de Nilsson et le ‘On my way’ de Micah P. Hinson). Une belle histoire sans doute. Un beau disque à n’en pas douter.
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Peter Broderick – How they are

} – Il est des disques qui vous reposent des autres disques. Des musiques comme d’épaisses couches de neige, qui, à pas de velours, avec indolence, lenteur, modifient l’atmosphère, l’épaississent assez pour vous plonger dans une bienheureuse paralysie, à ne rien vouloir faire, jamais, que les contempler. How they are , c’est juste cela, se retrouver seul, au soir tombant, à regarder de sa fenêtre le paysage éteint par la neige tombée dans la journée. On reviendra sur Peter Broderik, il y a de quoi dire .
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Kings Go Forth – The Outsiders are back

– Les chemises étaient longues et pailletées, les cols, les coiffures surdimensionnés, les corps élancés. On pouvait les voir à la télé, ces corps, danser par dizaines avec sensualité, avec frime devant une scène où se produisaient des groupes apprêtés, brillants, droits. La soul commençait à assumer ses racines africaines, subtilisait l’énergie du funk, mitonnait l’arrivée du disco, encore plus de paillette, d’esbroufe décomplexée. C’était le début des années soixante-dix, qui a toujours été une de mes périodes préférées en matière de musique noire, et les Kings Go Forth, groupe du Milwaukee signé chez Luaka Bop (sans qui vous n’auriez jamais redécouvert les Os Mutantes, bande d’ingrats), en a ressorti le meilleur. Un disque de rétro-soul sans leader à la voix exceptionnelle, juste l’esprit d’une époque condensé en un disque charnel, sexy, qui fait repousser les chemises à jabots.
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Gayngs – Relayted

– Plaisir coupable absolu. On écoute un disque parce que l’on sait qu’on y trouvera par moments une voix qui nous manque trop. On n’ose au départ assumer en tant qu’auditeur ce que le groupe semble prendre un malin plaisir à surjouer, la surcharge de guimauve, l’érotisme sur canapé en skaï, les vestes à épaulettes lâchées sur le tapis à grosses mailles, la ville qui éclaire ta peau à travers les stores à lamelles quand tu jouis en te cambrant et secouant ta chevelure laquée. Les basses ronflantes ‘Clair de lune’, les saxos Sade. Puis on passe, et l’on se rend compte que Gayngs est plus intense, plus moderne, et plus subversif qu’on aurait pu penser. Qu’il réussit ce que Yeasayer a raté cette année. Et ce disque est celui vers lequel je suis le plus revenu, à chaque fois à ma propre surprise. Poison insidieux.
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Deerhunter – Halcyon Digest

– Cela commence comme ça. Des peaux qui claquent, des muscles qui se tendent, des bouches qui se triturent, des langues qui se tordent, des os qui se déboîtent, des liquides, des corps souples, disloqués, contorsionnés. Earthquake , Revival sont cousines des films de Cronenberg, avec leur texture si humaine, si humide. En ont-t-elles besoin, ces chansons ? Pas sûr, elles étaient déjà parfaites, et c’est en cela que leurs apparats sont délicieux. Ces chansons, ce sont des filles qui débarquent à ta soirée déguisée, et ne sont pas déguisées. Elles ont digéré le style, l’ont fait leur, se sont tout approprié. Elle ne portent pas une époque, ont annihilé la nostalgie avec une fougueuse modernité. Ces insolentes.
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Arnaud Fleurent Didier – La Reproduction

– Je pourrais en faire une ligne, juste dire que ce disque m’a fait pleurer. Je pourrais juste expliquer que j’ai manqué, à trente reprises cette année, envoyer le disque à mon père, pour enfin lui parler. Je pourrais remercier AFD d’avoir mis à terre mes a priori sur la chanson française, de m’avoir amené à faire découvrir Polnareff à des amis musiciens américains. Je pourrais parler de son audace, des paroles qui prêtent à sourire pour mieux soudainement vous frapper au coeur, des arrangements somptueux. Je me souviens de cette fille qui court après un garçon à la sortie du cinéma, de ce garçon fier de sa recette médiocre, de ces anciens à qui on aurait aimé parler, de ses rues dans lesquelles on traîne. Imbécile heureux, j’suis pas tranquille…
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Morning Benders – Big Echo

– Impossible de penser à cette année sans penser à ‘Excuses’. Une parfaite parodie spectorienne, une chanson qui a porté les moments heureux, a aidé dans les difficiles, a donné lieu à un moment magnifique lors d’une soirée de poche sans limite. Et même si Big Echo a ses faiblesses, il contient assez de bonnes chansons pour rester l’un des chéris de l’année : Wet Cement et son indolence suprême, Stitches , l’intensité tapie de Stitches … Ce disque me donne envie du prochain. Ce groupe en a sous le capot.
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Vampire Weekend – Contra

– J’ai toujours aimé Vampire Weekend, j’aime même ce que beaucoup détestent en eux, leur postmodernisme de fils à papa, leur capacité à tout assimiler avec la même légèreté, d’avoir simplement envie de composer de la pop joyeuse, envolée, dansante. Contra s’emballe quelquefois dans des productions hasardeuses, des cordes trop présentes, un autotune dont on aurait pu se passer. Mais c’est un disque riche, malin, entraînant, qui finit incroyablement bien : avec ses quatre derniers morceaux, Vampire Weekend prouve aisément qu’il est plus curieux, plus ouvert, plus fin qu’un bon nombre de leurs contemporains.
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Sufjan Stevens – The age of Adz

/ Gonjasufi – A Sufi and a Killer

Pourquoi les mettre ensemble ? Parce que c’est la fin ? Pour gagner de la place ? Non, juste parce que ces deux albums ont en commun leur ambition démesurée, leur gloutonnerie, leur génie pléthorique, leur foisonnement, leur audace. Ils sont également fascinants et épuisants, demandent mille visites, ne cessent cependant d’épater.
Et cela en partant dans deux directions diamétralement opposées. Autant le Gonjasufi est un disque ouvert à tout, ramassant tous les genres, toutes les histoires, tous les peuples, autant le Sufjan semble avoir puisé sa grandeur dans un travail minutieux, profond, vers l’intérieur. Ecoutez ces bleeps, ces percus qui résonnent sans cesse, ces voix qui se superposent, ces cordes papillonnantes… Bienvenue, vous êtes dans sa tête.
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De quoi d’autre aurais-je bien pu parler ici ? De Yellow Ostrich , un des grands coups de frais de l’année. De Meursault qui a sorti l’un des albums les plus chichement produits cette année, mais qui a réussi à faire ce qu’Arcade Fire aurait du faire en 2010. De The Dogs , un petit groupe d’ados qui a sorti un album formidable dont je reparlerai bientôt ici. De Let’s Wrestle , mais ça a déjà été si bien fait ici.

Et puis les autres ? Les attendus ? Soit.

Beaucoup de ‘Oui, Mais’. Arcade Fire a produit un album assez bon, mais globalement poussif, qui veut trop bien faire comme avant, qui sent trop l’application et qui est globalement sauvé par les quelques écarts que le groupe se permet en s’éloignant de sa propre orthodoxie (‘Half Light I’ / ‘Sprawl II’, notamment). Mais mon plaisir aura surtout été gâché par ‘Suburban War’, sans doute leur pire morceau à ce jour.
High Violet de The National contient quelques merveilles, mais il lui manque un je ne sais quoi (dans la production notamment) pour atteindre la quasi-perfection de Boxer . Même chose pour Lisbon , un très très bon disque des Walkmen , qui n’arrive cependant pas à détrôner You & Me dans mon panthéon.
Le Kanye West ? Il contient des morceaux incroyables, des audaces ahurissantes, des ambitions, des productions démesurées. Mais bon, All of the lights , merde, j’ai l’impression d’avoir entendu cette chanson à chacune de mes visites chez H&M ces quatre dernières années.
J’ai adoré le LCD Soundsystem aux trois premières écoutes, puis il m’a étrangement lassé (même si cette intro, putain). Le Caribou est une splendide réussite, surprenante, intelligente, racée et dansante, mais DJ Barney l’a déjà bien dit.
Beckoming a Jackal de Villagers , malgré des chansons fortes, souffre d’une production en demi-teinte qui ne donne pas la mesure de ce que le petit O’Brian peut produire sur scène. On espère que son prochain disque lui rendra plus justice.

Allez, on s’arrête là. C’est pas tout, une année s’est déjà bien entamée.