La Blogothèque

2010, to remember and to let go

Un dernier regard sur 2010, avant de passer à autre chose, en espérant des jours meilleurs.
Musicalement parlant, l’année ne fut pas si mauvaise : si une grande majorité des (trop, toujours trop) nombreux disques écoutés en 2010 ne méritent pas un souvenir compatissant, je suis satisfait du nombre d’albums qui ont solidement tenu le coup, développant un univers personnel, proposant des pistes pour l’avenir, résistant à l’épuisement du temps et du quotidien, prenant racine dans mes pensées, constituant une échappatoire bienvenue et protectrice contre tous les mauvais coups de l’extérieur.
Avec un peu plus de temps et de motivation, j’aurai pu dresser un bilan de 2010 en défendant une douzaine de disques : je me limiterai à une sélection de 8 albums, les plus symboliques, ceux qui sont revenus le plus souvent, ceux qui m’ont accompagné le plus fidèlement.

 

8 disques pour 2010

SUN ARAW – On Patrol

MAGIC LANTERN – Platoon

POCAHAUNTED – Make It Real

Oeuvrant sur trois de mes disques préférés, Cameron Stallones (alias Sun Araw) fut la tête d’affiche de mon année 2010 et son psychédélisme tropical, moite et tout en rondeurs a infusé lentement dans mon esprit jusqu’à se rendre indispensable.
Sur Make It Real , la présence de Stallones dans le nouveau line-up de Pocahaunted a métamorphosé le son du groupe, faisant de leur ultime album un terrain de jeu groovy et lascif, une célébration des derniers jours insouciants de l’été, avant de splitter tristement à l’automne, tombant naturellement de l’arbre comme une feuille morte. Son groupe habituel, Magic Lantern, a lui aussi entamé un hiatus à durée indéterminée après avoir signé l’excellent Platoon , virée psych 70’s aux teintes funky et kraut, avec des attaques de guitares wah-wah compulsives et absolument irrésistibles.
Mais si je ne devais retenir qu’un seul album de cette année, mon choix se posait sans trop d’hésitation sur le sublime On Patrol de Sun Araw, un disque grand comme un océan et accueillant comme l’éther, un gigantesque chaudron amniotique, tiède et clapotant, dans lequel on se laisse flotter et dériver au gré des vagues et des pulsations, où la musique se meut et vous enveloppe comme une brume synthétique, primitive et sophistiquée, organique et irradiante. Le disque le plus transcendant de 2010.

DEEP COVER – SUN ARAW from Brian Davila on Vimeo.

 

AFRIRAMPO – We Are Uchu No Ko

Une terrible malédiction veut que les groupes féminins que j’apprécie splittent tous prématurément. Cette année les victimes se nommèrent Pocahaunted et Afrirampo. C’est d’autant plus regrettable pour ces dernières qu’avant de filer le duo Japonais a justement publié le meilleur album de sa carrière. We Are Uchu No Ko est un disque miraculeusement accessible alors qu’il ne cesse de se dérober en passant du coq à l’âne et en bondissant dans tous les sens, un disque qui ne veut pas choisir son camp entre ambition et amusement, réussissant la synthèse idéale entre ses tendances expérimentales et ses acrobaties espiègles et enfantines. Dans ses meilleurs moments, Afrirampo marie les explosions cosmiques des Acid Mothers Temple aux harmonies vocales tribales de OOIOO, et ravive les exubérances des grands disques théâtraux (et inversement) de J.A. Seazer ; sur les deux longs morceaux définitifs qui couvrent tout le second cd de l’album, Oni et Pika sont en état de grâce, ou plutôt dans un état second, tourbillonnant telles deux sorcières qui dansent pour faire tomber la pluie mais déplacent un fleuve à la place, hurlent à la lune et jettent des nouveaux-nés dans les flots pour apaiser un dieu dragon. Ces passages vibrants et purement cathartiques figurent en bonne place parmi les pics émotionnels de l’année écoulée.

 

EFFI BRIEST – Rhizomes

Groupe new-yorkais composé de 6 filles (dont Elizabeth Hart, la bassiste des hypnotiques Psychic Ills) et objet de mon affection avec ce premier album, Effi Briest tombe donc sous le coup de la malédiction précédemment citée et court le risque de splitter dans d’atroces souffrances dans les prochains mois. Ce qui serait un gâchis considérable vu la qualité de Rhizomes , beau disque vénéneux de post-punk ondulant, aux fines touches psychédéliques et expérimentales, cultivant des compositions en obliques, tricotant des motifs en spirales tournant sur eux-mêmes comme des brins d’ADN, soudant la sensualité et l’inquiétude autour d’une même tige qui se déplie et se propage comme un lierre. Envoûtement garanti.
Que ma poisse ne s’abatte pas sur ce groupe, par pitié.

EFFI BRIEST – LONG SHADOW (OFFICIAL VIDEO) from HOLY COW COLLECTIVE on Vimeo.

 

FOREST SWORDS – Dagger Paths

Si la colline a des yeux, la forêt n’a pas de visage, ou presque. On sait peu de choses sur Matthew Barnes, l’homme discret qui se cache derrière le nom de Forest Swords, si ce n’est qu’il vient de la péninsule de Wirral, près de Liverpool (point bonus !). Mais ce mystère sied parfaitement à sa musique qui évolue dans un entre-deux indéfinissable, résistant au catalogage rapide (certains se sont risqués à parler de drone-step) opérant un brassage de genres et de sonorités aussi improbable que fécond. Urbain et végétal, mécanique et organique, sorte de reflet du On Patrol de Sun Araw sur un mode obscur, Dagger Paths avance dans le brouillard, rampe lentement dans des sous-bois carillonnants, contourne des dance-floors nocturnes et anesthésiés et traîne sa mélancolie dans des temples païens fantomatiques. Ce disque indescriptible fut la proposition musicale la plus originale et inattendue que j’ai pu entendre cette année.

Forest Swords – Miarches from OLDE ENGLISH SPELLING BEE on Vimeo.

 

PURLING HISS – s/t

PURLING HISS – Hissteria

Si le premier album de Purling Hiss est en réalité sorti fin 2009, trop tard pour figurer dans les bilans de l’époque, il mérite tout à fait sa place ici car les secousses qu’il provoque n’ont toujours pas fini de se propager 12 mois plus tard. Le projet solo de Mike Polizze (aussi guitariste des Birds of Maya), héritier du proto-punk stoogien et disciple des jams psych-fuzz répétitives des Rallizes Dénudés, est une onde de choc viscérale qui frappe en pleine tête, une décharge électrique massive lâchée par des guitares crades et crissantes qui vous grillent le cortex. Hissteria , l’un des 2 autres disques sortis par Purling Hiss cette année a prolongé le plaisir de cette musique furieuse, aussi agressive qu’entêtante (tous ces woo-hoo quasiment pop), qui sent le goudron et la fumée. Good dope, good fun .

 

 

Et aussi

D’autres disques croisés et appréciés en 2010 et recommandés :

Badly Drawn Boy – Is There Nothing We Could Do?

Best Coast – Crazy For You

Fabulous Diamonds – Fabulous Diamonds II

Gnod / White Hills – Gnod Drop Out With White Hills II

High Wolf – Shangri LA

Lightspeed Champion – Life Is Sweet! Nice To Meet You

Messages – After Before

Moon Duo – Escape

Mugstar – Lime

The National – High Violet

Psychic Ills – Astral Occurrence (12 »)

Psychic Ills – Catoptric (12 »)

Robedoor – Burners

Sun Araw – Off Duty + Boat Trip

Teeth Of The Sea – Your Mercury

Topping Bottoms – Towers Of Spines (cassette)

Umberto – Prophecy Of The Black Widow

Sharon Van Etten – Epic

White Hills – Oddity II: Night Scene On Mill Mountain

Wooden Shjips – Vol. 2

V / A – In Search Of Hawkwind

 

Sans oublier les deux rééditions indispensables de l’année :

Les Rallizes Dénudés – Heavier Than A Death In The Family

Les Rallizes Dénudés – Blind Baby Has Its Mothers Eyes

 

Crédits photos :
– bandeau : Phonogram: The Singles Club, © Kieron Gillen & Jamie McKelvie
– Sun Araw : ©Cole Prentice
– Effi Briest : ©Sumner Dilworth
– Purling Hiss : ©Tiffany Yoon