La Blogothèque

The Wonder Show Of The Year…

Chaque année ou presque son lot de disques de Will Oldham, désormais, et depuis un bail en fait, sous le nom de Bonnie ‘Prince’ Billy. Et l’évidence, à chaque fois, de grands disques, décevants souvent d’emblée tant on s’est habitué à l’excellence des premiers Palace et tant les espoirs sont placés hauts, mais se révélant peu à peu et devenant régulièrement indispensables. Cette année c’était, plutôt discrètement, en collaboration avec le mystérieux Cairo Gang (un certain Emmett Kelly parait-il) pour un The Wonder Show Of The World au goût de chef-d’œuvre…

J’ai découvert la musique de Will Oldham avec la chanson «Agnes, Queen Of Sorrow» de Palace Songs, sur une compilation des Inrocks en 1994. A vingt ans, un choc esthétique quand je me contentais jusque-là (en gros) de grunge et de ses descendants. L’été suivant, c’est le single «Mountain» avec ses faces B magnifiques («Gulf Shores», «(End Of) Travelling» et «West Palm Beach») puis l’album Viva Last Blues . Will Oldham fera ensuite aussi bien que cet album, mais jamais mieux… Je suis devenu un inconditionnel, j’ai compris bien vite que j’écouterai sa musique plus que toute autre, que ma relation à elle serait durable et que je m’abreuverai éperdument de son folk à spleen.

Will Oldham m’a rarement fait regretter cet engagement d’âme, je lui ai toujours trouvé des circonstances atténuantes à défaut de justifications solides. De la fidélité plutôt que de la conviction parfois. Ainsi, The Letting Go

est moins à vif que Joya , Lie Down In The Light ne peut rivaliser avec le glaçant et dépouillé Arise Therefore … et globalement ses années deux mille furent moins bouleversantes que sa décennie précédente, sur disque comme sur scène. Mon sacerdoce n’en a pas été ébranlé pour autant.

The Wonder Show Of The World a été vite écouté d’abord. Trop lent, trop paisible pour ne pas dire trop mou, dans la ligné des précédents albums qui viraient à l’embourgeoisement folk. Jusqu’à la réécoute tardive mais patiente et la révélation de ballades poignantes et d’un disque qui frôle des hauteurs rares en plusieurs occasions.

Ce n’est pas de la lenteur, c’est de la sérénité. Will Oldham a quarante ans, pas forcément plus de sagesse, mais la nostalgie quiète, celle qui permet de se retourner sur ce qu’on a accompli et d’en être (un peu) fier. J’ai l’impression de le retrouver à vingt ans, de le comprendre à nouveau, de mieux recevoir sa musique, d’être en phase avec elle.

Ce n’est pas de l’embourgeoisement pour autant, l’écriture est confortable et le style assumé, mais le propos est parfois aussi tourmenté qu’avant, et l’écriture toujours aussi crue. Sur «The Sounds Are Always Begging», une de ses plus belles chansons, toutes époques confondues, il chante «My wife turned crazy on me one day/Started chopping up the bed/Looked past me with gaping eyes/Left me too hard to be scared» . On a connu folk plus détendu, les affres de la vie moins exposés. «Kids» est une sorte de renoncement quand le long «That’s What Love Is» est une chanson d’amour poignante. Des épreuves et de la rédemption, une sorte de bilan presque : «I am an older boy/There’s nothing I’m sure of/’Cept I have to soar, strength to fly and a little more.»

Sur ce disque, Will Oldham devient presque adulte, cesse ses enfantillages, se pose sans se ranger. Et distille des paroles à méditer et adopter : «Always choose the noise of music… always end the day in singing.» On n’a pas croisé de conseils plus avisés et de disques aussi profonds cette année…

The Wonder Show Of The World

n’est peut-être pas mon disque de l’année finalement, mais il méritait d’être sorti du lot, pour les raisons affectives évoquées plus haut. L’encenser pour qu’on le reconnaisse. Parmi les autres disques de l’année 2010, sans ordre particulier et pour compléter un top ten, il y avait aussi : BalmorheaConstellations , Ola PodridaBelly Of The Lion , HjaltalinTerminal , Olöf ArnaldsInnundir Skinni , Emily Jane WhiteOde To Sentience , Bertrand BelinHypernuit , Shugo TokumaruPort Entropy , MeursaultAll Creatures Will Make Merry et Live FootageWillow Be .

Peinture du bandeau par Marie Cormier.