La Blogothèque

Nue, quelle croupe !

Le chef est malicieux, il nous pose des défis toujours plus improbables. Aujourd’hui, un billet à la manière de San-Antonio. J’ai fait de mon mieux.

2006 avait été pour moi l’année des coups de cœur soudains. Trois chanteurs sortis de nulle part avec des premiers albums [[Pour toute protestation, laisse un commentaire ci-dessous, cette phrase est déjà assez imbitable comme ça, je ne vais pas l'allonger encore juste pour satisfaire quelques fondus d'exactitude factuelle qui feraient mieux d'aller prendre l'air et de gambader dans les champs.... de mines si possible.]] ébouriffants d’efficacité et qui pourtant étaient de manière tout à fait évidente le témoignage sincère d’une gestation personnelle, de la vraie pop d’auteur comme on en rencontre trop peu (surtout toi, en fait….). Cette année-là, j’ai régulièrement sorti ces trois albums de mes étagères, pourtant déjà bien pleines, les faisant tournoyer jusqu’à l’ivresse sous les lasers, leur offrant la possibilité de goûter le destin auquel ils s’étaient préparés avec confiance depuis l’usine et de quitter pour quelques dizaines de minutes l’écrin d’indifférence dans lequel ta surdité coupable les avait confinés[[Je blâme Arcade Fire, on m'a dit que c'était enfin devenu à la mode.]]. Saisissant résumé de mes emportements musicaux depuis 10 ans.

Puis le temps cruel a accompli son œuvre de sape et je suis passé à autre chose. Aujourd’hui, me prend l’envie de regarder dans le rétroviseur et, tel le grand chef indien Rutting-beef, de me demander “Que sont mes amis devenus / Que j’avais de si près tenus / Et tant aimés” ?

Pierre Lapointe, bien que superstar au Québec, n’a jamais dépassé en Europe le stade du succès d’estime. Jusqu’à il y a neuf mois, Plan B était considéré pour la plupart comme un clone triste [[J'aurais pu écrire Pierrot mais t'aurais pas pigé, alors à quoi bon ?]] d’Eminem, puis il a laissé tomber tout ce que j’aimais dans sa musique et s’est réincarné en ersatz mâle d’Amy Winehouse… mais si tu veux que je te raconte cette désolante histoire, il faudra que tu reviennes un autre jour.

Reste Lupen Crook, le vilain petit canard de ce trio de bras-cassés[[Ca avait si mal marché pour lui que sa page Wikipédia était balisée "Pas assez connu, page à supprimer". Regarde, Denis, ce que le monde moderne a fait de l'idéal universaliste de ton encyclopédie... et pleure.]], et Accidents Occur Whilst Sleeping , un album de folk-songs mal peignées, en équilibre instable entre sophistication instrumentale et immédiateté pop, constructions sonores biscornues toujours susceptibles de bifurquer à l’improviste[[Oui, mes constructions bifurquent, je ne vois pas pourquoi elles devraient se retenir pour ne pas choquer ton esprit étroit.]], de laisser pour trente secondes l’avant-scène à un violon celtisant pour un petit numéro de cabriole ou à un violoncelle lacrymal pour une séquence de tire-larmes tout en retenue[[Parce que le violoncelle, il est comme ça, il la ramène pas, c'est pas comme la contrebasse.]].

Malheureusement, sur le deuxième album, l’ami Crook gomme toutes les bizarreries, arrondit tous les angles, surtout les plus aigus, optant pour un son de guitares lourd comme un roman de Robbe-Grillet. Sans vouloir crier haro sur le bidet, il avait bien fallu me rendre à l’évidence, la messe était cuite (et je ne parle pas des carottes !). Et pourtant, deux EP acoustiques gratuits (toujours disponibles) sur son site en 2009, puis une vidéo début 2010 pour un nouveau single en état de grâce (World’s End ) semblaient annoncer un retour à plus de lumière et de légèreté, retour qui se confirme, au moins en partie, sur The Pros And Cons Of Eating Out , sorti il y a quelques semaines.

http://www.youtube.com/watch?v=Jla8-cOHuoA
Certes, les guitares se sont épaissies et la batterie alourdie par endroits mais, sur une bonne moitié de l’album, cet emballage rock basique laisse transparaître le Lupen Crook des débuts, celui dont je cause avec le brio que tu connais un peu plus haut. Ainsi, Devil’s Son qui, à en croire Beck, a un peu la même coiffure que son paternel[[Si ça te percute pas les neurones plus que ça, tu demandes, hein! Y a pas de honte.]], Pirate’s Wife , complainte d’un marin contemplant le soleil levant du sommet de son mât, ou How To Murder Birds , à mi-chemin entre Goran Bregovic et Pascal Obispo, ce qui est une excellente position, car on y est loin des deux.

Bon, c’est pas tout ça, mais l’heure du manger approche et Béru s’impatiente. De toutes façons, si tu as la comprenure même légèrement au-dessus de la moyenne, je devrais t’avoir convaincu depuis au moins trois paragraphes. Comment ? Ouate douille housse haie ? Tu voudrais toux de mémé écouter un autre morceau pour juger sur pièce ? Ma parole ne te suffit pas ? Tiens, espèce de jean-foutre, attrape ! Comme je suis arrivé en bas de la page et que j’ai de l’éducation (oh, disent-ils !), je ne vais pas me laisser aller à une virulente dissertation sur les dangers de combiner perles, confiture et cochons, mais sache (ah, disent-elles !) que je n’en pense pas moins.

http://www.youtube.com/watch?v=VPZGe5-bSL0
PS : Pour info, le nouvel album peut être acheté en ligne sur le site de Lupen Crook. Le premier album, à ce jour toujours le meilleur, est encore [en vente sur Amazon pour un prix très raisonnable.
->http://www.amazon.fr/Accidents-Occur-Whilst-Sleeping-Lupen/dp/B000FMFZLM]

 

[1] Pour toute protestation, laisse un commentaire ci-dessous, cette phrase est déjà assez imbitable comme ça, je ne vais pas l’allonger encore juste pour satisfaire quelques fondus d’exactitude factuelle qui feraient mieux d’aller prendre l’air et de gambader dans les champs…. de mines si possible.

[2] Je blâme Arcade Fire, on m’a dit que c’était enfin devenu à la mode.

[3] J’aurais pu écrire Pierrot mais t’aurais pas pigé, alors à quoi bon ?

[4] Ça avait si mal marché pour lui que sa page Wikipedia était balisée « Pas assez connu, page à supprimer ». Regarde, Denis, ce que le monde moderne a fait de l’idéal universaliste de ton encyclopédie… et pleure.

[5] Oui, mes constructions bifurquent, je ne vois pas pourquoi elles devraient se retenir pour ne pas choquer ton esprit étroit.

[6] Parce que le violoncelle, il est comme ça, il la ramène pas, c’est pas comme la contrebasse.

[7] Si ça te percute pas les neurones plus que ça, tu demandes, hein! Y a pas de honte.