La Blogothèque
Mercredix

Fire For The People

Sur la Blogothèque, le Mercredix #68 parlait de sexe, il est donc naturel qu’on fasse les choses à l’envers jusqu’au bout et que le #69 soit consacré à la révolte. C’est écrit : quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. Alors on y va, au trot et en chantant.

1 – «Avanti Popolo» de Banda Bassotti

Il fut un temps où on pouvait chanter dans l’allégresse et la ferveur des choses comme “vive le communisme et la liberté”. Pas sûr qu’on y croit encore, mais en tout cas ce chant conserve malgré tout quelque chose. En plus, dans cette version, on imagine une nuit berlinoise agitée, avec de la sueur sur les murs, de la bière pas chère et des envies de refaire le monde. Ou en tout cas, de lui refaire le portrait. Allez, petit peuple, du nerf. En avant.

2 – «Si Rien Ne Bouge» de Noir Désir

On préfère de loin la version En Public de cette chanson, précédée d’une longue introduction exhalée dans un râle. Et c’est l’un des plus beaux textes de Cantat. De “Je te dis encore que l’hiver est mort” à “Mon petit feu, je t’embrasse sur les yeux” en passant par ce refrain, lutteur dans l’adversité. Ce n’est pas parce qu’il y a des chances que rien ne bouge qu’on va rester planté là comme des cons.

3 – «Sleep Now In The Fire» de Rage Against The Machine

Putain, je suis trop dans le cliché là, à enchainer Noir Désir et Rage Against The Machine. Oui mais voilà, ce n’est pas totalement un hasard si ces deux groupes font figure de tarte à la crème en matière de chants de révolte. Vous en connaissez beaucoup des groupes qui ont su se mettre à ce niveau, qui clament l’urgence avec autant de sincérité ? Et puis bon, j’ai pas mis “Killin’ In The Name Of” (huh!) et dans la foulée je vais vous épargner le “Qu’est-ce qu’on attend ?” du Suprême NTM…

4 – «Fire For The People» de Blue Scholars

Un petit duo de Seattle pour suivre, avec un immigré philippin et un mec d’origine iranienne, et des textes pour le moins engagés à l’heure du rap à la Kanye. Leur programme coule de source : more fire, more jobs, more books, more music, more clothes, more schools, more land… Simple comme bonjour. Blue Scholars, le bon sens près de chez vous.

5 – «Exertions» de Jedi Mind Tricks

Sans doute pas un morceau directement sur la révolte, mais il y a une atmosphère martiale dans ce morceau, on voit presque les soldats qui marchent au front au petit matin dans les brumes d’une étrange guerre urbaine. Et puis, y’a Bahamadia en featuring à la fin et elle déroule, tu vois.

6 – «The Militia» de Gang Starr

Bon, c’est pas tout mais il est peut-être d’organiser la lutte, tu crois pas ? Pour notre armée des ombres, Tonton Guru (RIP) suggère qu’on embauche les gros Freddie Foxxx et Big Shug. Alors, bien sûr, “la milice” en français ça a une tonalité toute autre, mais à ceux qui objecteraient doctement, on répliquerait froidement que nous, on ne se réclame pas de Pierre Laval.

7 – «Free» de Pharoahe Monch

Quand il était tout jeune, le moine pharaon rappait parfois plus sur les seins des filles que sur la lutte des classes. C’était vite oublier les déjà rageurs brûlots d’Organised Konfusion. Il a encore grandi depuis, puisque sur Desire, il reprend le “Welcome To The Terrordome” de Public Enemy en l’agrémentant d’une vidéo bien hardcore. Et quand il clame sa liberté, on sent bien qu’il ne sert à rien de venir la lui contester.

8 – «Theme from Shaft (live)» d’Isaac Hayes

Quand en ce beau jour d’août 1972, Isaac Hayes débarque au Los Angeles Coliseum pour commémorer les 7 ans des émeutes de Watts, le moins que l’on puisse dire, alors qu’il entame directement sa prestation par le monstrueux “Theme from Shaft” c’est que le contexte est pour le moins insurrectionnel. Les images sont là pour en témoigner. Au même endroit 20 ans plus tard, on aura Rodney King.

9 – «My People… Hold On» d’Eddie Kendricks

Ouais, c’est le sample que Kheops a piqué pour l’intro de l’Empire du Côté Obscur d’IAM (mais si, tu sais, le flow que même Baroin peut … hum … imiter). Mais c’est surtout une chanson qui doit autant aux Last Poets, aux chants d’esclaves qu’à Gil Scott-Heron (pour son “The Revolution Will Not Be Televised”, hop tu cliques et tu vas voir le mercredix qu’on lui a déjà consacré). Allez, on tient, pas vrai ? C’est demandé avec tant de conviction.

10 – «We Shall Overcome» de Charlie Haden & The Liberation Music Orchestra

Charlie Haden ne pouvait pas chanter. Charlie Haden jouait avec Ornette Coleman. Et à partir de 1970, Charlie Haden dirige le Liberation Music Orchestra, dont les compositions sont arrangées par une certaine Carla Bley. Tout y est révolutionnaire, des arrangements aux choix des compositions, notamment sur un premier disque dédié à la guerre d’Espagne et conclu, en bonne et due forme et surtout en toute liberté, par ce “We Shall Overcome”.

On aurait pu ajouter un certain “Emeutes” de Passi (si, si) qui sample les chœurs de l’armée rouge pour l’occasion, ou “Le temps des cerises”, par exemple dans la version que chante ce vieux réac de Charles Trénet. Non parce que bon, elle est douce la France, vieux pays de ton enfance, là ?