La Blogothèque

Villagers

Il n’y aurait presque rien à dire sur Conor O’ Brien. Il est petit, a les yeux bleus, un sourire d’une sincérité désarmante, un petit sweater à capuche, son adresse scotchée sur son étui de guitare, et des paroles écrites au marker au fond du même étui. Et ce petit Irlandais allait jouer le soir même, seul, dans le gigantesque Queen Elizabeth Hall. So be it…

Il était aussi étranger à ce quartier de Londres que nous. Des quais inhumains, surbétonnés, où seuls deux trois bouquinistes et une flopée de skaters daignaient apporter un peu de vie. Conor était le plus simple, le plus adorable des garçons. Rien ne semblait pouvoir l’affecter, il marchait avec nous, souriait, prêt à nous croire lorsque nous lui expliquâmes que nous l’emmenions sur une plage.

C’était une plage éphémère, étroite, un peu sale, inconfortable, libérée par on ne sait quel mouvement de marée, bordée par des pilotis couverts de mousse. Une plage si petite que les petites vagues qui venaient s’y échouer paraissaient menaçantes, si petite qu’elle n’existerait plus dix minutes plus tard.

Conor y est descendu et à compter du moment où il a entamé sa chanson, il a pris dix ans, nous désarmant par une sincérité inverse, une sincérité de l’intensité, aussi naturelle que la bienveillance insouciante qui la précédait. Ce garçon savait chanter, parce qu’il savait se laisser habiter par ses chansons. Cette petite plage de fortune était une île déserte, apparue là pour accueillir un garçon et sa chanson.