Ces dernières années, trois jeunes labels ont retenu de plus en plus mon attention : Digitalis, le norvégien Miasmah et Type. Les trois ont en commun de vouloir produire des artistes aux ambiances ciselées, qui uniquement avec leur musique racontent une histoire et cherchent à toucher l’âme. Mettre un disque d’une de ces trois maisons sur votre platine est l’assurance d’entrer dans des univers automnales où les ombres commencent à se cacher du soleil. Ce jeu en trompe-l’oeil résumerait assez bien la politique de l’énigmatique label Type. Vous aurez beau chercher des informations sur eux, seuls les disques de leur placard parleront et uniquement eux. Un site web à la sobriété efficace, Type a depuis longtemps compris que seule la musique de ses artistes importait, le reste n’était que du blah blah blah. Tout juste sait-on la date de la création du label. Seul le catalogue du label nous répondra, très approximativement, nous laissant le soin d’enquêter, avec les moyens du bord et pour un résultat souvent proche de zéro. Seul indice, le premier album de RJ Valeo en 2003 qui porte le numéro TYPE001. En dehors de ça, le seul guide viable reste nos oreilles. Et encore ! Mieux que quiconque Type aura su brouiller les pistes là aussi, tout en tissant une ambiance sombre, lymphatique et parfois mordorée au fil de ses publications. Musique électronique, glitch, drone, dark ambient, le nouveau courant modern classical et la folk americana, la palette sonore du label s’est étoffée au cours des années. Cette stratégie de l’ombre porte ses fruits, avec une forme de consécration, puisque des artistes comme Sylvain Chauveau, Peter Broderick ou Helios s’y sentent suffisamment à l’aise pour sortir sur le label leurs productions personnelles et leurs side-projects.
1 – RJ Valeo – “Filter”
Extrait donc du premier album sorti sur le label, September , est, avec le recul, un manifeste à lui tout seul de ce que sera l’identité du label. Tour à tour dub, ambient, downbeat et glitch, ce disque-là imprègne suffisamment les esprits pour qu’on y revienne plus tard, l’esprit aéré et le clic libéré.
2 – Khonnor – “Magan’s Present”
En 2004, Type sort le premier album d’un gamin surdoué de 17 ans qui, en une poignée de morceaux, montre l’étendue de son talent. Il synthétise les perturbations sonores de ses grands maîtres avec une voix d’ado pas finie. Il y a chez lui toute l’histoire de ces héros perdus que sont Sonic Youth, Jim O’Rourke et Christian Fennesz.
3 – Deaf Center – “White Lake”
Lorsqu’on me demande de citer spontanément un disque de Type, je pense au Pale Ravine de Deaf Center. Le duo norvégien a su de suite me réconcilier avec une certaine idée de la musique sacrée et/ou cinématographique, là où les Cinematic Orchestra et autres Fleurs commençaient à m’ennuyer fermement.
4 – Helios – “Dragonfly Acrass An Ancient Sky”
Fidèle parmi les fidèles, Keith Kenniff n’en finit pas de décliner musicalement ses nombreux avatars. Pour Type, il est tour à tour Helios, un ange céleste de l’ambient dont le second album Eingya fut acclamé par la critique et Goldmund, le peintre romantique qui signe ses histoires tristes sur un piano classique.
5 – Mountaineer – “A Town Called Ivanhoe”
Avec Mountaineer, Type s’ouvre à la pop, mais une pop qui fleure bon la folk americana et les grandes prairies vertes. Reste que la musique de Mountaineer est beaucoup plus complexe que ne laisserait supposer une écoute superficielle de leur album… Chaudement recommandé en cas de coup de blues monumental.
6 – Mokira – “Lord, Am I Going Down ?”
On entre désormais dans ce qui fait la renommée de Type avec ces disques aux ambiances planantes et hantées. Plus proche d’un Thomas Köner (dernier grand venu en terre Type) et d’un Akira Rabelais, Andreas Tilliander aka Mokira suit des chemins assez obscurs. On ne sait s’il fait de la dub, du drone ou de la house. Un peu de tout ça en fait et son dernier album Persona témoigne d’une assez grande maîtrise de tous ces sous-genres.
7 – Xela – “Drunk On Salt Water”
J’aurai pu commencer cette playlist avec John Xela, le fondateur de Type. Mais en vérité, on s’en fiche un peu qui est l’homme derrière tout ça et personnellement, j’ai longtemps hésité à le faire figurer ici, mais The Dead Sea est une ode particulière à l’élément marin, une bande originale sinistre et poisseuse qui aurait bien collé à une adaptation d’une oeuvre de Lovecraft.
8 – Black To Comm – “Jonathan”
Un Richter en cache un autre. Mais là où Max dessine une carrière de maître es electronica, Marc fait dans la noise et et le drone. Le patron du label Dekorder (qui accueillera bientôt Felix Kubin dans ses rangs) revendique avec son projet Black To Comm de faire de la musique qu’on n’entend pas ailleurs. A vrai dire, lorsqu’on écoute “Jonathan”, on comprend aisément sa fascination pour Christoph Schlingensief et ses ailleurs qui ne disent pas, ne s’expriment pas.
9 – Rameses III – “We Shall Never Sing of Sorrow”
L’album I Could Not Love You More figurait l’année dernière dans les tops de fin d’année qui se respectent un tant soit peu. Si le soundscaping a une âme, les membres de Rameses III en sont les principaux artisans. Tout est question d’équilibre dans ce disque, entre le chant, les influences évidentes (Robin Guthie en tête) et les nappes de drone. Une musique sereine et reposante.
10 – Zelienople – “All I Want Is Calm”
Changement d’ambiance et changement de décor. Chicago, ses entrailles, sa vie nocturne et théâtre de nombreux films. Extrait de la BO d’un film intitulé sobrement Gone All I Want Is Calm invitent les archanges du dark jazz à venir côtoyer les âmes damnés que nous sommes. Vous retrouverez dans ce morceau les ambiances à la Lynch, les soupirs à la Bohren und der Club of Gore et les constructions sonores des premiers Bark Psychosis.
Bonus Tracks
Svarte Greiner – “Easy On The Bone”
Peter Broderick – “A Snowflake”
Type étant un label intelligent, il propose d’écouter tous leurs albums en streaming sur son site et sur Soundcloud. Une alternative intéressante pour ceux et celles qui n’ont pas Spotify.
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– Si vous n’avez pas accès à Spotify, rendez-vous ici !






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