La Blogothèque
Concerts à emporter

Chocolate Genius

La nouvelle était tombée au creux de l’été, lors d’un passage éclair dans les jolis bureaux de No Format : Chocolate Genius, la voix d’un siècle perdu et oublié, était de retour, après cinq années de silence. On n’avait pas pu emporter la belle musique entendue ce jour là, mais rendez-vous était pris pour la rentrée.

Lorsqu’enfin on sait qu’on va rencontrer l’auteur de Black Music , on a pu entendre Swansongs à satiété. On a pas réussi à dire si on l’aimait ou pas, parce que si les chansons sont belles comme la fin du jour, elles sont aussi fardées et ornées avec ostentation. Résultat, on est en tout cas excité comme des puces à l’idée d’entendre ces mélodies dans le dénuement d’un concert à emporter. D’autant plus quand on apprend que Vincent Segal, fan et collaborateur du New-Yorkais depuis de longues années, et Seb Martel, le guitariste virtuose de Las Ondas Marteles, seront de la partie.

La première bonne idée, c’est de les emmener dans les décombres. Parce que Chocolate Genius écrit des chansons sur la perte, la désolation, les effondrements. Au milieu de ces briques écroulées, sa voix n’a pas besoin de s’installer, ni de prendre des précautions : elle est chez elle. Et non, si vous vous demandiez, ce n’est pas une apologie de Polanski, c’est juste une histoire de fuite et d’abandon.

Des enfants dans des jardins, les concerts à emporter en sont plein. D’ordinaire, ils se prennent au jeu ou au rythme. Pas là. Le seul instant d’émerveillement presque enfantin, on le verra sur le visage de Vincent Segal tout content d’être retombé sur ses pattes au sortir d’un solo acrobatique conduit en tandem avec Seb Martel. Les enfants autour sont intrigués, mais pas forcément conquis. Cette voix est trop vieille et trop désolée pour eux. Elle dit des choses dont ils ignoreront encore longtemps la saveur. “I’m half the man that you suggested, but I’m twice the man you signed on to” …
Sauf l’un d’entre eux, peut-être plus attentif, plus réservé, qui reste au plus près de cette voix imposante et qui entend dans ce timbre quelque chose qui lui parle déjà. Mais là, c’est peut-être moi qui extrapole.