La Blogothèque
Soirées de poche
#18

The Morning Benders

Ce fut à n’en pas douter l’une des journées les plus chaudes de cet été débutant. On avait toutes les heures conseillé aux personnes âgées de s’hydrater, on avait sué face à nos ordis, les corps étaient lourds, les sorties rares.

C’était la fin de journée, le soleil allait mettre des heures à disparaître. Nous étions une soixantaine réunis sous le patio. Sans cesse on cherchait de l’air, les flyers servaient d’éventails, les tempes étaient humides. Avec leurs chemises blanches trempées de sueur, leurs shorts coupés maladroitement au dessus du genou, les Morning Benders avaient l’air innocent de collégiens qui n’ont pas même pris le temps de quitter leur uniforme avant de faire le mur. Ils étaient face à nous, et Christopher Chu nous apprenait à chanter Excuses dans cette blanche étuve. On aurait parié sur une soirée toute calme. Elle a d’ailleurs commencé calmement, avec un public assommé par la moiteur de juillet, et un groupe qui jouait malgré tout, comme si rien ne devait l’arrêter.

Puis, je ne sais pas. Nous avions trop chaud dans l’appartement. Alors nous sommes sortis dans la cour. Et là, impossible d’arrêter Christopher : il demandait ce que nous voulions entendre, se risquait à reprendre des chansons qu’il connaissait à peine, faisait taire tout le monde en reprenant à la suite deux morceaux de Radiohead, enchaînait les Turtles, les Beatles, les Pixies, Pavement et ses propres chansons. Quand nous reprîmes tous en coeur Excuses , ce n’était plus une journée de canicule, c’était une douce soirée. Une folle soirée.

Il y eut 34 chansons. La dernière, ce ‘Oh Annie’ qu’ils n’ont jamais publiée, jouée dans la fraîcheur d’un hall haussmanien, est sans doute la plus belle. Elle n’est qu’un semblant de fin. Après, la nuit tombée, nous avons continué à chanter. On aurait de quoi vous faire un autre film comme celui-ci. On va juste garder tout cela, au cas où l’on ait besoin, l’un de ces jours, combien sont douces les soirées qui suivent des journées caniculaires. Surtout quand elles sont mises en musique par des petits gars comme ça.

The Morning Benders

Réalisateurs : Chryde & Benoit Toulemonde • Cadreurs : Thomas Jacquet ; Gina Kelly ; Marie Daubert ; Colin Solal Cardo ; Benjamin Rohel ; Benoit Toulemonde • Son : Jean-Baptiste Aubonnet ; Etienne Pozzo ; Nicolas Rochette • Montage : Ishani Flahaut • Etalonnage : David Bouhsira • Production : La Blogothèque / Stances

Photo de une par When I was a Bird