La Blogothèque

Purling Hiss, le Bruit et la Sueur

C’est aujourd’hui que sort Public Annoucement, nouvel album du projet solo du guitariste des Birds Of Maya, Purling Hiss. L’occasion de revenir sur le premier disque qui fleurait bon la débauche, la sueur et la bière de table.

Le truc un peu pénible avec les fêtes d’appartement, c’est d’être contraint de passer deux longues heures à s’efforcer de discuter avec de inconnus, de faire semblant de se trouver des intérêts communs et d’essayer de meubler au mieux les petits blancs embarrassants qui indiquent clairement qu’en temps normal, on ne s’adresserait même pas la parole. Tout ça pour en arriver au moment tant attendu, celui où tout dérape, enfin. Où tout le monde est assez attaqué pour oublier sa fausse pudeur et se livrer à une parade nuptiale imbibée, cravate sur la tête et pantalon baisséoui, c’est une note de bas de page pour tester… Dommage qu’à cet instant précis, il y ait toujours un petit malin pour passer la dernière compil’ de Kitsuné «pour mettre l’ambiance» parce que si ça ne tenait qu’à moi, ça serait Purling Hiss qui ferait office de bande son à cette dégradation collective des bonnes manières. On repeat.

Purling Hiss - "Public Announcement" / Album disponible chez ta mère

Sorti discrètement en janvier dernier sur Permanent RecordsUne autre note de bas de page, un peu plus longue pour voir ce que ça fait sur deux lignes, tu comprends, c’est important de mesurer les interlignes. (label de Chicago à qui on doit, en autres, Black Math et Cave), ce LP est un appel hurlé à la débauche, du chaos pur gravé sur sillons… Ici, pas d’introduction inutile ni de bavardages superflus, le monstrueux “Almost Washed My Hair” qui ouvre le disque pose les bases d’entrée. Soit une déflagration psychédélique de 7 minutes où s’entrechoquent loops de basses, fuzz violente et percussions sauvages qu’on s’imagine frappées par le Diable Lui-même… Idéal pour couvrir les bruits de vaisselle cassée dans la cuisine. Et puis il y a ce sens précaire et aviné de l’équilibre rythmique. De ceux qui vous donnent plus envie de tituber que de danser. Une synthèse exacte des désirs violents et bancals qui nous animent lors de ces soirées qui suintent la sueur, le sexe et la bière. On tangue, on divague, quelqu’un a sûrement éteint sa cigarette dans votre canette, mais peu importe, on est pas venu pour vendre du terrain, mais bien pour s’éprouver et se sentir vivant.

Moiteur, borborygmes, guitare à double manche

Dans la moiteur dense de ces nappes de bruit, il n’y a plus de place pour les politesses, seulement pour de la baise sauvage qui ne s’encombre pas de préliminaires. Les borborygmes supplantent les paroles, l’atmosphère se fait de plus en plus saturée. Et comme dans toute fête qui se respecte, il n’y a jamais de redescente. Bien au contraire, c’est une escalade vertigineuse vers le point critique de non-retour, celui où nos oreilles bien pensantes et nos enceintes proprettes ne pourront plus endurer un larsen de plus, tant les attaques soniques nous poussent dans nos retranchements.

Mais au-delà de la simple parodie réside un acte de Foi, un plaidoyer ardent pour un rock dangereux. Celui que des années de compromis et de caricatures ont quasiment effacé de nos esprits. On en viendrait presque à regretter la guitare double-manche.

D’aucuns diront qu’il ne s’agit que de vanité, d’un coup d’épée bruitiste de plus dans l’eau. Moi j’y vois de l’héroïsme, aussi brutal que suranné, porté aux nues avec une ferveur désarmante, comme si la survie des ours polaires dépendait d’un solo de guitare. Certes Mike Polliz (seul et unique membre de Purling Hiss) a surement écouté White Light/White Heat jusqu’au polissage complet et cela se ressent fortement dans ses compositions. Mais au-delà de la simple parodie réside un acte de Foi, un plaidoyer ardent pour un rock dangereux. Celui que des années de compromis et de caricatures ont quasiment effacé de nos esprits. On en viendrait presque à regretter la guitare double-manche.

Non il n’y a pas de vanité dans ce disque, juste un besoin hédoniste et destructeur d’exister, à corps repentant. Car même s’il faut ramasser les débris de sa chaîne stéréo l’écoute finie, nous reste quand même la satisfaction d’avoir eu le cœur qui a battu un peu plus vite que le rythme imposé par l’ennui. Au mépris des lendemains qui déchantent et du montant de la caution de l’appartement qu’on vient de ruiner.