La Blogothèque

Hanni El Khatib, le mauvais garçon

On peut penser que le rock n’a pas d’âge, qu’il n’a pas eu d’époque bénie, qu’il n’aura pas de revival, juste des garçons qui mettent de la gomina, des t-shirts fins, déchirés et sans forme, aiment se battre le soir, conduire vite de vieilles bagnoles, et faire des grimaces qui leur font croire que leur mâchoire est carrée. Ils ne cherchent pas à retrouver un son fifties, encore moins à le mettre au goût du jour. Non, ils se lèvent le matin, embrassent le poster de James Dean et pensent que le cuir et le cran d’arrêt sont les symboles de leur rébellion.

Hanni El Khatib en fait partie. Hanni est en enfant du nouveau siècle. Maman est philippine, papa palestinien, lui a grandi à Los Angeles, il aime le skate, les Chevrolet, et le rock n’roll à l’ancienne. Une voix, une guitare, une batterie, beaucoup de sueur, une certaine idée désuète de la virilité, de l’époque où les garçons passaient deux heures dans la salle de bain avant de sortir, et ne rentraient pas chez eux avant d’avoir plié une bagnole ou pété une bouteille sur la tête de ce petit con de Jim.

Hanni a officiellement sorti un seul single. Il s’appelle Dead Wrong. De la vieille soul qui transpire, une guitare surf, des wap doo wap et des claquements de doigts, une rythmique qui semble commander très précisément la danse qui devra l’accompagner. Mais surtout un chant mutin, comédien, dragueur, Hanni qui ne chante que pour une personne et sait exactement ce qu’il veut lui dire, ce n’est plus une chanson, c’est un exercice de drague, un défi, un coq qui explique qui règne ici. C’est aussi sexuel que les Black Keys, et ça se pose beaucoup moins de questions.

La source, il en a fait son clip. Et en dessous, ce que ça donne avec des jeunes aujourd’hui.

On pourrait s’enthousiasmer sur un seul morceau. Mais la face B, une reprise du standard “You Rascal You” est plus corrosive encore.

Et surtout, on a eu la chance de jeter une oreille sur l’album à venir, Will the guns come out. On y retrouve ces chansons abrasives et burnées (écoutez ‘Build. Destroy.Rebuild’), certes, mais aussi des balades folk douces ou enivrées, des complaintes bluesy qui lorgnent vers le jeune Tom Waits, toujours portées par une voix qui à défaut d’un grain exceptionnel, sait faire exister l’homme derrière elle. Un kéké, à n’en pas douter. Mais on imagine déjà les rangées de jeunes filles à couettes rêvant de le voir chanter comme s’il se battait pour elles. Juste pour frimer, en fait.