La Blogothèque

How to dress well

La probabilité que les trois prochains mois viennent bousculer la certitude suivante me paraît infime : l’année 2010 aura bel et bien été celle de How To Dress Well ! Enchaînant les EP, multipliant les vidéos, sortant un premier album remarquable et remarqué, l’homme de Chicago aura rythmé l’année avec une régularité et un talent à faire pâlir d’envie.

Alimentant depuis plus d’un an son blog en EP téléchargeables gratuitement (pas moins de 7), en remix savoureux et en vidéos audacieuses, Tom Krell (alias How To Dres Well – HTDW) a fait le pari de la gratuité et de l’abondance. Petit à petit il a ainsi gagné le respect et l’admiration d’un nombre grandissant de lecteurs. Et de blogueurs, lesquels n’ont eu de cesse, ces derniers mois, de relayer chacune de ces productions. Bien loin d’avoir lassé, cette affluence d’EP, cette boulimie productive semble avoir au contraire consolidé l’enthousiasme et un album (un vrai) a fini par voir le jour en cette rentrée 2010.

Mais si HTDW a marqué 2010 de son empreinte, c’est moins pour ses choix de publication (la quantité) que pour la capacité de sa musique à émouvoir et à surprendre (la qualité). Et cette capacité tient essentiellement en la rencontre de deux univers : la spontanéité d’une productions psyché-noise saturées et la sensuelle application d’un chant R&B jamais emprunté. A ma gauche donc, la musique qui crépite, les basses qui grésillent, les beats qui martèlent, des bricolages maison pas trop regardants, quelque chose d’étrangement lo-fi, perdu dans un univers psyché fait de drum, de bass, de trip et de hop. Un gros bordel, Ô miracle, jamais indigeste et toujours un peu plus obsédant.
Enfin, à ma droite, se jetant à corps perdu dans ce flot d’électrons en ébullitions, surgit la voix du spectre de R.Kelly, réincarné dans le corps d’un petit blanc-bec à lunettes. Une voix qui crache un chant R&B moderne, habitué à tutoyer la mécanique précise des samples en rotation automatique. Un chant qui a appris à flirter avec le tempo, à se jouer de la scansion et à titiller le beat. Procédant par va-et-vient irrégulier, il accélère et décélère le flow, se jouant de la froide régularité du rythme. Un Falseto crépitant et habité, audacieux mais délicat, capable d’évoquer Mariah Carey et Justin Timberlake avec grâce, de détourner le souvenir de Jodeci, Bobby Brown ou Keith Sweat, de soutenir la comparaison avec Bilal ou d’Angelo. Une voix parée de nombreux apparats, cachée sous un imposant costume de grésillements, de strass et d’effets divers et qui nous fait soudainement la surprise de se livrer pour la première fois dans le plus simple appareil dans cette superbe vidéo de Your Truly (seul au clavier, sans artifice, sans répétition, en gros plan contrasté, pour un ami perdu… la plus belle vidéo de l’année?).

HDTW, c’est la rencontre de plusieurs plaques tectoniques autrefois séparées par des océan d’idées reçues et aujourd’hui soudainement réunies, superposées, enlacées, confondues et remixées dans un mouvement harmonieux ; la Fender et le sampler, l’ébène et l’ivoire, l’aigu et le grave, l’acide et la rime… How To Dress Well c’est sans nul doute la grande révélation de l’année 2010 et un fameux candidat au titre de meilleur artiste/album.


– retrouvez HTDW sur son blog
– L’album “Love Remain” est dispo sur Lefse Records
– “Walking this dumb (live)” avait servi de prétexte a la réalisation de cette modeste mixtape