La Blogothèque
Concerts à emporter
#106

Pablo Malaurie

Pablo avait une petite boite qu’il trimballait partout. De temps a autre, au détour d’une rue, il en sortait un joint sur lequel il tirait deux trois lattes, puis le remettait discrètement a sa place. Jamais on n’aurait eu l’idée de lui en demander un peu, c’était sa boite, son kit de survie pour sa maladie a lui.

C’était pas le genre de personne qui touchait lourdement le sol et dont chaque pas écraserait encore un peu plus l’espoir. Plutôt du type funambule, en équilibre permanent entre silence et ajout de quelques notes délicates, même si personne ne lui avait rien demandé et personne ne le regardait faire. Je l’avais rencontré quelques jours auparavant dans un café du coin, le ton de sa voix lorsqu’il se mettait parfois a parler m’avait plu, sa discrétion et sa façon de bouger dans l’espace faisait penser a ces beaux et sages personnages sortis d’une autre époque et venus observer la notre. Mais sa bonté était telle qu’il mettait souvent en pratique ses conclusions dans l’instant même. ‘Hop, un petit peu plus de rouge ici. Tiens, un ajout de mélodie enfantine la. Avec une voix très aiguë comme pour tromper le monde. Tout en restant presque caché dans un coin sombre. Un peu plus a gauche. Voila, oui juste comme ça.’

Il mûrissait ses plans a la maison, qui surplombait un bout de la ville. Il avait tout le loisir d’y observer les façons du monde, ses éclats et ses travers, et de réfléchir a comment y apporter un petit quelque chose en plus qui fasse sens et ajoute beauté et bonheur alentour. Mais toujours de sa manière légère, sans y toucher, sans dire ‘il faudrait ceci ou cela a cette société bordel’ avec une grosse voix. Juste un passant presque silencieux qui en sait pourtant plus que ceux qui se sont arrêtés longuement.

On est sortis dans la nuit, une petite balade pour rencontrer quelques fantômes, en voiture mon ami, sous des lampes flemmardes et ennuyées de devoir donner de la lumière a une ville qui ferait mieux de la fermer un peu parfois. Aucun plan de route, ça roule et le monde alentour commence a sonner, Pablo se prend a rêver de quoi y apporter, l’espace de quelques secondes j’ai cru qu’il ne trouverait pas la clé.

Et puis un parc, une ronde censément éternelle, on se demanderait comment y ajouter quoi que ce soit et puis tout fait sens, la musique reprend l’espace de quelques minutes la place qu’elle n’aurait jamais du quitter, sa fonction de baume sublimant, sortie de sa boite de petit magicien argentin. C’était donc ça, la musique nouvelle de l’an 500? Mais Pablo avait bien vu, il n’était qu’un passeur, la ville alentour était remplie d’histoires et ses mélodies a lui permettait enfin de les observer.

Pablo Malaurie