Il était plus qu’évident que j’allais offrir des louanges à ce disque immense et radical malgré la rudesse des chansons et l’abrupte production. Il était plus que prévisible que je l’installe immédiatement sur les plus hautes marches d’un panthéon personnel. All Creatures Will Make Merry
a été enregistré spécialement pour moi, je crois…

Il y avait des signes avant-coureurs, des indices flagrants et des détails qui font l’essentiel d’un jugement élogieux. Les Meursault sont écossais et leur chanteur, Neil Pennycook , a l’accent rugueux des Highlands, intact même dans les cris et la violence. Leur musique, dans ses moments les plus paisibles comme dans les plus véhéments, est l’affirmation d’une identité locale extrêmement forte : c’est du Twilight Sad en version folk lo-fi, de l‘abnégation, du travail et l’inscription assumée dans les pas les plus glorifiants. On ne joue pas pour espérer un jour ressembler à ses idoles Mogwai, Teenage Fanclub ou Arab Strap, on se place d’emblée à leurs côtés, conscient de l’exigence et du degré d’engagement que cela implique. On ne copie pas, on fait aussi bien, différemment. Tout, dans cet album, est don de soi. On ne compose pas la magnifique balade “Weather” nonchalamment sur un coin de table ; on la vit pendant des mois, on la hante, on l’incarne totalement. On ne peut pas enregistrer les distorsions et les stridences de “New Ruin” ou “What You Don’t Have” sans avoir la chair de poule du début à la fin et sans finir exténué, vidé. Quand on pare les morceaux de textures électro, c’est avec l’intelligence et l’exemple d’aînés précieux (les Boards Of Canada sont écossais et la scène électro de Glasgow grouille de gens doués).

Et si la voix est recouverte, enveloppée de sons noise et de murs acoustiques puissants, c’est que cette couche de saleté est essentielle, pour ne pas mettre à nu trop facilement classe et élégance, il faut un peu de lutte, de combat. Il faut de la sueur, beaucoup, c’est une musique d’efforts constants, une musique de dépense, et l’auditeur en prend sa part. Il faut aussi un label précieux (Song, By Toad Records ) pointilleux et sevère dans ses choix. Et si le budget qu’il alloue semble être passé entièrement dans l’enregistrement des trois premières minutes de l’album, c’est une impression trompeuse : la production est salopée avec cœur et on le revendique (même les photos de presse sont floues) ; la sobriété n’est pas un terme courant en Ecosse…
C’est peut-être un excès de nostalgie, du sentimentalisme exacerbé et une absence de recul. L’aveuglement est viscéral chez moi lorsqu’il s’agit d’apprécier ce qui vient d’au-delà de l’Angleterre : d’anciens territoires barbares, des sauvageries nobles et le rock écossais indépassable. All Creatures Will Make Merry
m’était destiné, c’est maintenant une certitude, ça ne pouvait être autrement…





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