Il avait jamais vu une année comme la nôtre, le vieux Bill Evans. Il aurait pas dit ça avec tant d’aplomb sinon. “You Must Believe In Spring”. Facile à dire quand on a pas encore vu, de ses yeux vus, cet hiver qui se termine péniblement en mai. Après les premiers jours de soleil, il faut rendre grâce alors à ceux qui nous ont aidés à traverser la grisaille. Deux morceaux, donc, qui fleurent bon les éclosions, la jeunesse, le retour à la vie.
En Suède, la printemps se célèbre à toute berzingue, c’est une question de vitesse. Les lignes de guitare sont électriques, vraiment électrisées, qui tressautent, qui rebondissent, branchés sur de l’alternatif qui n’en finit plus de faire vibrer l’ensemble. Ajoutez à ça, une voix de jeune fille en fleur à frange, un peu mélancolique mais pas trop, sans cesse tarabustée par des percus qui ont le feu au cul et emportée dans des envolées chorales.
Ca s’appelle Club 8. The People’s Record (j’adore ce titre). C’est sans doute un disque moins gentil qu’il n’en a l’air, mais il a ce morceau en guise d’introduction, “Western Hospitality”. On y sent une bonne dose de nostalgie, sur fond de clavier vintage qui fleure bon les sixties. On y retrouve un peu d’Afrique, même s’il ne faudrait pas que ça devienne un cliché. On y sent un peuple qui se réveille, s’étire et qui se demande bien quelle joyeuse insurrection il va bien pouvoir mener aujourd’hui.
Venu de Californie, le disque des Morning Benders est lui en train de s’installer doucement dans la longueur et de dépasser son statut initial de plaisante petite surprise. On a déjà dit le plus grand bien de leur “Excuses”, mais il y a sur Big Echo une poignée d’autres titres encore plus enthousiasmants.
Aux premières notes, il est impossible de deviner ce que cache “Hand Me Downs”. Ce faux tempo, cet entre deux n’augure rien de bon, en tout cas rien de très entrainant. Il faudra attendre la voix de Christopher Chu. Elle est un petit miracle de souplesse et d’élasticité. Elle va chercher dans des intervalles minuscules et insoupçonnables un swing, une façon de toujours repartir par le haut, de nous faire croire que nous sommes plus légers que nous sommes. Plus beaux, plus prêts, plus courageux. Que demander de plus ?
- Photo du bandeau : Robert W Kelley
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