La Blogothèque

Angus & Julia Stone, de la musique gentille

Angus & Julia Stone sont australiens en plus d’être frère et sœur. Le coup du frère et de la sœur qui font de la musique (comme le coup de l’Australien qui s’appelle Angus), on vous l’a déjà fait et moi le premier, à propos de Chuck Perrin.

Et, précisément, Angus & Julia Stone, ce serait un peu Chuck & Mary Perrin qui auraient embauché, selon les titres, les Stray Gators, la section rythmique de Swell ou les Commotions.

Je l’avoue sans ambages, de ce groupe, pourtant né en 2006, je n’avais jamais entendu parler. Pourquoi ?

C’est Garrincha qui, je crois, m’a donné un début de réponse à cela en me disant qu’il n’avait pas écouté très attentivement leur dernier album, mais qu’à la première écoute, comme ça, il trouvait ça “gentil”.

« I never wanted you to go, but I’d be the last to let you know »

Et c’est vrai que cet album, Down the Way , c’est de la musique gentille. Mais, comme le chantait le Moz, “It’s so easy to laugh, it’s so easy to hate, it takes guts to be gentle and kind”.
A la première écoute, on est surtout frappé par l’impression de sérénité qui s’en détache. Ça sent la baraque, le chez soi, la frangine installée confortablement dans un vieux fauteuil et le tapis épais tiré sous la batterie pour éviter qu’elle dérape sur le plancher d’un salon qu’on imagine ouvert et parsemé de bibelots. Ça sent les tasses de thé dépareillées et la fenêtre régulièrement ouverte pour aérer.
On est à la campagne et on est juste bien.

« Take her for a ride on a big Jet plane »

C’est en faisant un tour sur le blog de Philippe Dumez que j’ai pour la première fois mis les pieds dans le salon des Stone : “Comme elle angoissait à l’idée de prendre l’avion, je lui ai raconté toute une série de bêtises, alors que j’aurais juste dû lui faire écouter cette chanson.”
Et c’est vrai que “Big Jet Plane” aurait de quoi calmer jusqu’à Marge Simpson sans passer par la case thérapie. C’est la chanson que l’on a l’impression de connaître déjà au bout de dix secondes, facile à attraper et à retenir.
Mais le reste est du même tonneau, calme et apaisé, à l’exception peut-être de “Walk It Off” qui, passé la première minute de doux, se rapprocherait assez de Catatonia tentant de reprendre du Arcade Fire.

« I don’t believe in you… and I »

Calme et apaisé, voire.
Car si l’on commence à se pencher sur les voix, un peu fracassées, parfois à la limite de la rupture, qui se tressent autour des mélodies, si l’on écoute plus attentivement les textes, tout ceci ne sent tout à coup plus tellement les fleurs fraîchement coupées. Chez le frangin comme chez la frangine, les sentiments sont violents et un peu effrayants, mais sans grandiloquence, bruts, sans fioritures. On se plait à s’en imaginer le destinataire un peu gêné, jetant de rapides coups d’œil vers la porte, espérant qu’on pourrait sortir vite de ce joli cadre propret où l’on égorge des poulets avec les dents, sans parvenir à sortir de son fauteuil, confort et inconfort à la fois.

Su scène l’impression se confirme. Certes les fleurs sont présentes, mais artificielles et le fauteuil restera vide. Pourtant, la volonté se prolonge de faire intime, foisonnant et peut-être authentique. J’avoue que j’ai ressenti, durant les premières chansons, une sorte de malaise. C’est du chiqué, ou pas? Je n’ai pas la réponse, mais je sais que si c’est authentique, c’est beau et si ça ne l’est pas, c’est diablement efficace. Même lorsque Julia reprend, seule à la guitare, “You’re the one that I love”, on rigole, bien sûr, mais un peu comme au Politburo quand Staline faisait des blagues en visant ses petits camarades avec son 7,62. Ah, ah, sacré toi. Hum, déconne pas Jo.
Avec une formation réduite, accompagnés seulement par un batteur et un bassiste très effacés, les orchestrations léchées de l’album laissent place à un peu plus de branle dans le manche. C’est moins rodé, moins précis, plus vivant, moins léché et c’est pas plus mal.


– Angus & Julia Stone, Down The Way (Discograph)
– Photo bandeau : Angus & Julia Stone