La Blogothèque

Têtes de lecture #10

Il y a maintenant bien longtemps, dans des temps très très anciens, les mp3 blogs n’étaient qu’une fraction marginale de la prescription de disques. Puis les artistes ont commencé à s’y intéresser, suivis des maisons de disques, et enfin les sociétés de droit d’auteur. En Irlande se déroulent des négociations intéressantes qui pourraient avoir une influence sur le devenir des audioblogs en général. C’est ce qui introduit nos nouvelles Têtes de lecture, également composées de rap somalien, de vinyles au microscope, de Discogs, de Dylan et de quelques autres suggestions dont il convient de bien profiter, au calme. Bonne lecture.

Illustration du bandeau : Dale Murray (qui illustre de jolis tee-shirts)

Cash machine

Les blogs musicaux irlandais doivent payer. La société chargée de récolter les revenus de diffusion des artistes (l’IMRO, l’équivalent de la Sacem) mettait en demeure les audioblogs de régler eux aussi pour la diffusion de titres. Réaction consternée des blogueurs, qui soulèvent plusieurs contradictions dans la démarche.

«Gardenhead», from Asleep on the Compost Heap, was more direct in his language. «Hey I’m no lawyer, he wrote, but surely Irish music blogs, tending as they do to host single MP3s and promote gigs rather than encouraging the wholesale downloading of albums, should be nurtured – not slapped with some shite about a licence fee that is going to cause half of them to quit in confusion and frustration.»

Une réunion a eu lieu hier entre quelques-uns des blogueurs les plus impliqués (et pas des moindres) et la société de perception des droits. Le compte rendu, laisse apparaître une IMRO loin d’être arc-boutée sur des principes obsolètes. Elle ferait même preuve d’un esprit de conciliation assez intéressant. Fait notable, il est même évoqué une réflexion sur une licence ad hoc, prenant en compte les spécificités des mp3 blogs.

IMRO were very keen to listen to our concerns about the proposed licence especially considering two of the blogs in question were strictly non-commercial. A common interest in solving this was reached. They have agreed to address our concerns internally, to explore possible solutions and to clarify the issues raised. Namely:
– to see if there is a possibility to introduce a non-commercial licence which would cover non-commercial blogs and sites (Darragh and Shane for example).
– to see what kind of solutions can be reached in terms of online licensing in future.


Si une telle licence voit le jour, et qu’elle gagne par capillarité les autres pays, le mp3 blog tel qu’on le connaît depuis six ou sept ans, disparaitra. D’ailleurs, les solutions évoquées (arrêt de la mise à disposition du fichier, passage à des outils de streaming) sont déjà en partie utilisées par de nombreux blogs.
Cette possibilité de licence n’en demeure pas moins pleine de questions, mais l’existence même d’une réflexion à ce sujet par une société de collecte des droits d’auteur est une nouveauté.

Mon nom est personne

La crise de l’industrie musicale touche absolument tout les maillons de la chaîne, y compris les patronymes de groupe. Il y a quelques semaines, le Wall Street Journal en faisait le constat : tous les noms de groupes sont déjà pris, ou tout du moins les plus compréhensibles. L’originalité et le nonsense sont désormais indispensable pour se démarquer, ressortir dans les moteurs de recherche et, par extension, éviter tout conflit juridique.

Music veterans agree that for acts already gaining momentum, changing a name can be disastrous. In 1992, a newly formed band from Scotland called Captain America was endorsed and invited on tour by Nirvana front man Kurt Cobain, who was at the peak of his fame. After a bidding war, Captain America was signed by Atlantic Records, just as Marvel, publisher of the Captain America comic book, sent the band a cease-and-desist order. With its first U.S. record already in the pipeline, the group rechristened itself Eugenius, a reference to leader Eugene Kelly. [...] Mr. Kelly agrees that the «worst name ever» derailed Eugenius. «A band name should pass the taxi-driver test: You shouldn’t have to tell him twice» , says the Glasgow singer.

Exit Through The Gift Shop Door, un groupe britannique, a d’ailleurs reçu pour 300 000 dollars de dédommagement, après avoir accepté de changer de nom. D’accord, il s’agissait là de répondre à une demande de Banksy lui-même.

Aime tes groupies

Les artistes ont tout intérêt à développer le rapport à leur public. C’est la thèse de Don’t believe the hype, qui tente de le démontrer, exemples à l’appui (Trent Reznor, Amanda Palmer – qu’on évoquait ici – entre autres). Il faut donner de sa personne et ne pas avoir peur de se lancer dans le vide. Le jeu en vaudrait la chandelle.

Alors là, on me dira, oui, mais est-ce qu’un artiste doit faire ça, ce n’est vraiment pas son métier… Oui mais d’abord, c’est quoi être un artiste maintenant ? Ne doit-il pas se poser la question constamment de comment monétiser, de comment se rendre visible, aller chercher du public… Et puis enfin, personne n’a obligé Freese à quoi que ce soit. Il a composé ses packages et s’est amusé tout seul. Et il ne conseille à personne de le faire. Et je ne le conseille pas non plus, ce qu’a fait Freese est plutôt radical.

Mais en se faisant connaître, en créant sa base fans, en leur donnant quelque chose qui avait réellement de la valeur (et qui lui plaisait), il a crée un business model qui a marché.

Extrait d’un graphique de David McCandless, publié sur Information is beautiful
(les sources des chiffres sont disponibles).

De la surabondance des albums

It resonates with how the decade actually felt: diasporic, scenes splintering into sub-scenes, taste bunkers forming, the question “Have you heard X?” increasingly likely to meet a shake of the head or a look of incomprehension.


En 2010, on en est encore à refaire l’histoire des meilleurs albums des sixties, des groupes cultes oubliés qui-aurait-pourtant-leur-place-au-Panthéon-rock et des classements à n’en plus finir. Mais le rassemblement autour de totems musicaux est en voie de régression, de disparition. En cela, cette décade des noughties s’est retrouvé fragmentée, éparpillée à une échelle jusque-là inconnue. Au point d’avoir du mal à partager les mêmes écoutes. Simon Reynolds, du Guardian , analyse cet état nouveau, prenant comme exemple les rétrospectives des dix dernières années publiées par Pitchfork et l’équipe de feu Stylus.

Le rap en Somalie

La situation actuelle de la musique en Somalie est difficile, et c’est peu de le dire. Un blog regroupe plusieurs articles et dépêches d’agence consacrés au sujet ces derniers mois. La survivance difficile du rap contestataire dans ce pays (et surtout à proximité de ses frontières); l’héritage culturel, l’existence précaire et menacée des radios musicales : un panorama triste du pays.

Discogs, place du marché du vinyle

Resident Advisor s’est intéressé à Discogs, source précieuse de vérification discographique, et à son économie. L’article vaut moins pour la description du site – déjà largement connu – que pour le volet consacré au marché du disque qu’il héberge derrière sa fonction première de base de données. Un marché ayant connu un croissance exponentielle en quatre années, qui a obligé les boutiques et revendeurs à s’adapter, le volume de disques échangés n’y étant pas pour rien.

More and more sellers—both record shops and your average consumer—are making the switch from eBay to Discogs, partly because it enables them to list their stock for an unlimited time until it is sold, and also because they don’t have to pay a fee to simply list something. The site has gone from selling 76,000 items in the marketplace’s first year (October 2005-06) to almost 1.2 million items in the past twelve months—a fifteen-fold increase in under five years. Beatdown’s Nick Wrightson made the change over to Discogs a year-and-a-half ago, but he cites another reason for switching sites. «eBay’s unfair – in my opinion – multiple charges and imposed policies on shipping costs meant that we ended up almost losing money on any new records sold at regular prices.»

Et si votre esprit curieux a été titillé par cette phrase: «Its growth hasn’t all been a smooth ride, however, as Lewandowski and his team came under fire in 2008 because of a number of changes that were made to the site’s contribution process.» , précipitez-vous sur un article très complet, publié dans Trax de décembre 2008, qui se penchait sur la genèse du site et les tensions nées de l’évolution relativement opaque de son fondateur.

Un sillon de vinyle pris au microscope électronique, par le chercheur Chris Supranowitz.

C’est beau et c’est synthétisé ici.

Dis-nous, dis-nous Dylan…

Dylan ! Dylan brisé, Dylan martyrisé, mais Dylan libéré… En 1975, le Zim enregistre le disque de la rupture, du divorce – autant personnel que musical. Trente-cinq ans plus tard, Blood on the tracks a été l’objet d’une littérature conséquente, d’exégèse qu’on ne réserve d’ordinaire qu’aux manuscrits de la mer Morte, comme le relève PopMatters. Le site y consacre un épais dossier, bourré de témoignages et d’analyses sur la lettre et l’esprit du disque, s’attachant à la fascination dont il est le sujet.
Blood on the tracks , métaphore d’une journée où la conscience d’être seul se révèle.

Blood on the Tracks can be seen as an album-length act of defiance on Dylan’s part. Gone are the politics for which he’d been most famous. The album concerns itself instead with the politics of the heart. For this reason, Blood on the Tracks represents Bob Dylan at his most powerful.

The album purportedly chronicles the dissolution of his marriage to Sara Lowndes, and while the album is a rather naked display of emotions, it never sounds as though the emotions expressed are Dylan’s. To the contrary, Dylan functions as a storyteller rather than a confessor and as such he vividly tells stories of various love lives without ever sounding as though he is telling the story of his own.

Mais que fait la police ?

Cooper Black est présente sur Stakes is high de De La Soul, vous la connaissez certainement si vous avez l’album chez vous. A moi aussi, ça ne disait pas grand-chose : ni ghost track , ni alternate take , il s’agit de la typo utilisée sur la pochette. Rockthatfont s’est piqué de développer de petits billets sur les polices typographiques utilisées sur quelques fameuses covers de la musique. C’est à lire en parallèle de Hard Format, dont on vous parlait il y a trois mois.

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