On prête à Dominique A d’avoir décrété qu’un album qui comportait au moins trois bonnes chansons était un album réussi. Minimum syndical systématiquement atteint sur les albums de Hank Harry, Bye-bye, Dictators ne faisant pas exception à la règle et offrant son lot de petites pépites en chocolat, de chansons qui font mouche et trouvent tout de suite le chemin le plus court qui séparent les tympans du cœur pour résonner un peu dans notre vie.

« Cookies & Cartoon « , avec son ouverture joyeuse (« I don’t want go out today, The world is so fucked up « ), est de ces hymnes qu’on se garde pour les matins d’hivers, lorsqu’il faut quitter son domicile, arpenter le trottoir gelé, braver le vent glacé et attendre dans le noir, un bus bondé qu’on laissera de toute façon passer… Choisir de continuer à marcher jusqu’au prochain arrêt, ne surtout pas rompre la magie du moment où la musique se fait l’écho de son vague à l’âme et se love autour de nos « à quoi bon » (« Everyday i save the world / Today i need someone / Someone who wants to take care of me / I don’t wanna go out today / I am so fed up & / I don’t wanna play « ).
Car tel est le credo de Hank Harry : faire écho. Avec la sincérité comme plus sure méthode, Hank Harry n’a de cesse de jouer, écrire, chanter ce qui lui passe pas le cœur, la tête et les tripes. Avouer ses découragements et ses travers, rire de ses lubies, confesser son amour à la fois de la dance-pop la plus ludique et de la pop-folk la plus tendre, célébrer les bips de son clavier et les loop de son ordi et ponctuer ses textes de confessions touchantes. Ne surtout jamais travestir son inspiration colorée et contrastée, ne pas se laisser emprisonner dans une case, ne pas céder à la facilité, rester soi-même et ne jamais rien prétendre qu’on ne puisse soutenir face à un miroir. Qu’il s’agisse de la vérité la plus banale ou de la confession la plus intime.
Ainsi, lorsqu’il confesse (« Talk to you « ) la satisfaction et puis le bonheur de trouver dans sa compagne l’oreille parfaite car complice, Hank Harry fait sa déclaration par le petit bout du couple, partant de la banalité de la vie à deux et confessant une sorte d’égocentrisme naturel bien que difficilement avouable pour finir par célébrer le bonheur de ne plus être seul. « But what i like / Now that you’re in my life / Is that everyday every night / Every sunshine every moon / I talk to you . » Et ce sont ces photos-là, à la fois intimes et banales, qui entrent en résonance avec nos propres sentiments. Pas toujours nettes, les yeux rougis par un flash trop vif, elle figent les délicieuses et chaleureuses imperfections de la (de nos?) vie et nous renvoient une image familière dans laquelle on se reconnaît un peu, beaucoup, passionnément.

Hank Harry capture patiemment ces moments-la. On l’imagine sans peine parcourant les rues de nos cités, remontant les chemins de sa vie, muni d’un filet à chanson qu’il agite dans l’air à la recherche de ces moments, de ces histoires qui résonnent de tout leur être une émotion simple, universelle et pourtant si personnelle. Ainsi en est-il de (« Bye-Bye Teenager « ), où Hank Harry adresse des adieux forcés à l’adolescent qu’il a été (« But time is now to go and time is now to grow « ) et, en filigrane, au musicien qu’il est encore et qu’il essaye de raisonner dans un refrain délicieux de décalage ironique (« Winning money winning money winning money » ). Tentative vaine, tant l’adolescent/le musicien espiègle revient par toutes les fenêtres et s’invite sans cesse à la fête.
Car qu’on ne s’y méprenne pas, si Bye-bye Dictators comprend bel et bien ce minimum syndical de chansons réussies, évidentes, touchantes – matures diront certains – qui peuvent suffire à faire la réussite d’un album, le dernier opus d’Hank Harry est aussi plein de ces divagations ludiques, de ces lubies sonores et digressions colorées qui font de lui un songwritter résolument à part. Derrière les mélodies qui font mouche, la voix qui émeut, les paroles qui touchent, derrière ces grands chênes, se cache un univers fantasque, un joyeux bordel, une foret de sons et d’idées qui fusent en tout sens, des mélodies qui transgressent les tabous et s’accoquinent à des idées peu fréquentables, des beat dance sur lesquelles se lovent des évocation jazzy, des refrains pop auxquelles succèdent des envolées électro-dark., des éclairs sonores fluorescent qui taquinent des chorales enfantines, des délires électro qui martèlent des lignes de basse, … Un joyeux bordel, tout en décalage, en expérimentations, en sincérité et en décomplexion. Une décomplexion qu’on admire, qu’on envie et à laquelle on serait peut-être bien inspiré de faire écho, à notre tour.
- Les images sont issues d’illustrations incluses dans la très belle version collector (vinyle + CD) de Bye-Bye, Dictators disponible ici. L’album est également disponible à l’écoute et au téléchargement via bandcamp
- Après avoir tourné en solo, Hank Harry repart sur les routes avec son nouveau groupe, The Ducati Lovers. Première date, le vendredi 7 mai, a Liège (la péniche InsideOut)





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