La Blogothèque

Laura Marling a grandi

Ça arrive assez souvent, une histoire d’amour se termine, l’un s’en sort mieux que l’autre, sait relever la tête, prendre un nouveau départ, sortir comme renouvelé, voilà, c’est fini, allons de l’avant pendant que l’autre se morfond, pleure, a perdu ses jambes et son avenir. Oh oui, nous nous étions souhaité le meilleur, mais peux-tu s’il-te-plait ne pas y aller trop vite à ce bonheur, peux tu rester avec moi dans la nostalgie et les vains mais chaleureux espoirs de retrouvailles ? Vaines, vaines suppliques, elle a goûté à l’air frais, l’ami.

L’an dernier, un groupe anglais nous avait donné un album à rebours de l’image que l’on avait de lui. Sur The First Days of Spring , Charlie, leader des si joyeux Noah & the Whale, pleurait le départ de Laura Marling. Les premiers jours du printemps et cette complainte ‘For I’m still here hoping that one day you may come back’.

Laura n’est pas revenue. Et la voilà qui chante à son ancien amour espérant un nouveau départ de printemps qu’elle “n’aime jamais tant l’Angleterre que lorsqu’elle est couverte de neige”. Fin de l’exposé, libre à vous, à nous d’interpréter. Si ça ce trouve, c’est n’importe quoi, et c’est juste une ode à la neige.

Car après tout qu’importe l’exégèse d’une correspondance amoureuse. Ce qui importe ici, c’est que Laura Marling a grandi, et sort un album d’une belle assurance.

Elle n’était qu’une jolie petite blonde à la voix puissante, presque sentencieuse, dont on ne percevait pas la personnalité tant elle la noyait dans des artifices un peu trop visibles, une petite trompette, une velléité pop, deux-trois notes de xylophone. Sur I Speak Because I Can , ce nouvel album, on pourrait croire qu’elle a pris cinq vies d’un coup : moins d’afféterie, tout semble là pour servir la puissance du verbe, servi par une voix toujours aussi puissante mais qui avance avec plus de confiance. Laura Marling pousse ses textes, sert ses textes, laisse sa voix et ses mélodies s’y couler, même lorsqu’il faut forcer un peu, quand un vers semble trop long, qu’il faut acculer les strophes, ne pas leur laisser le choix. “Goodbye England (Covered in snow)”, qui pourrait recevoir le prix de “plus belle chanson d’amour de ce putain d’hiver qui n’en finit pas”, fait se balancer tranquillement les vers sur les refrains, puis accélère sur les couplets qui ont trop à dire pour tenir en place calmement, mais qu’importe, il faut laisser les filles parler.

I Speak Because I Can est un disque de folk, un vrai, qui puise à la source d’une tradition anglaise, d’une époque où les cheveux étaient plus longs et les vêtements plus amples. Un disque à la maturité surprenante. C’est toujours chic, une fille qui vous surprend. Même si elle laisse un pauvre garçon pleurer derrière elle.

Ecoutez l’album sur Spotify

Laura Marling est en concert ce soir à la Flèche d’Or