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My Own Private Calendar

Alors que nous venons de changer d’heure et de saison, alors même que nous nous apprêtons à sauter à pieds joints dans un nouveau mois, il nous a semblé opportun de sortir enfin de nos cartons cette vieille idée de playlist consacrée au temps/mois qui passe. Une idée qu’on a portée avec soi, patiemment, pendant des semaines et des mois ; qu’on a regardé grandir, prendre forme et se renforcer, petit à petit, de découverte en découverte. Une playlist qui égrène les mois et tourne les pages du calendrier en 12 chansons qui ne se contentent pas d’évoquer le mois qu’elles chantent, mais en incarne également l’idée. Ou du moins une certaine idée.

Pour écouter cette playlist, cliquez sur Spoti… Ah non c’est là :

1 – Alasdair Roberts – “The Month of January”

Le mois de janvier se décline en quelques accords tapés sur les cordes d’une guitare sèche, le regard vissé sur l’horizon qui s’étend derrière la fenêtre : les prairies blanchies, caressées par le soleil et le vent glacé, les arbres dépouillés, le ciel déserté… et le temps qui semble suspendre son cours. Le temps de quelques accords d’Alasdair Roberts.

2 – Dominique A – “Février”

Un jour de 1993, c’est de Dominique A que me vient la confirmation. Depuis toujours j’en avais l’intuition, le sentiment profond que février était le plus beau mois de l’année. Un mois qui, plus que les autres, sent ses jours comptés et, tous les quatre ans, se voit accorder une grâce éphémère. Un mois qui, irrémédiablement et dans un même élan, célèbre l’amour et me voit vieillir d’un an. Un mois résolument à part, magique et que Dominique A a chanté avec une justesse dont aucune autre chanson de mois ne peut se vanter.

3 – Balmorhea – “March 4, 1831”

On peut entendre dans le morceau de Balmorhea le lent et doux réveil du printemps. Le soleil qui peu à peu s’impose. Le vent qui lentement retrouve de jeunes feuilles à malmener. Les arbres qui petit à petit bande fièrement leur écorce dans l’espoir de futurs pique-nique printaniers. Un entre-deux fragile et trop court qui se voit régulièrement balayer d’un coup de giboulées. Un moment fugace saisi formidablement en 2’07’’ par le groupe d’Austin.

4 – Autour de Lucie – “Avril en octobre”

J’aime l’ironie de cette description. Choisir octobre pour parler d’avril (ou l’inverse) souligne la symétrie des saisons et la subjectivité de notre description. J’écoute Autour de Lucie et je me prends à imaginer que les saisons inversent leur cours, que le printemps précède l’hiver et que l’automne annonce l’été. J’écoute la chanson d’Autour de Lucie, sa prose légère, ses notes rayonnantes et ses averses orageuses et je vois octobre en avril.

5 – Ana Laan – “Mayo”

A coup sûr le mois le plus “bossa” de l’année. Les terrasses fleurissent, les journées s’étirent, les textiles se raccourcissent, les trajectoires se croisent et s’emmêlent. Tout semble formidablement léger, plus rien ne semble avoir d’importance que le plaisir d’une trajet en voiture fenêtre ouverte, dans le clair-obscur d’un vendredi soir rédempteur, accompagné par la voix chaude d’Ana Laan l’Ibérique.

6 – Jamiroquai – “Seven Days in Sunny June”

Avant d’être un paria, Jamiroquai était un type bien. Jamiroquai c’était la flamme estivale, attisée par de lourds coups de basse et de célèbres coups de pattes. C’était la noblesse rendue aux chansons d’été et l’excitation d’être en plein dedans (l’été). C’était une parenthèse de légèreté irréfléchie, un plaisir coupable presque avouable. Comme de se balader torse nue sur les plages de sud. “Seven Days in Sunny June” ne fait qu’à moitié honneur à cette époque mais symbolise parfaitement un état de grâce révolue.

7 – The Decemberists – “July, July”

Juillet, c’est un tube FM en rotation lourde sur une autoroute de vacances. C’est un truc pas trop tiré par les cheveux, un peu manichéen (couplet-refrain), amplifié et repris en chœur. C’eût pu être une chanson des Decemberists, si les radios avaient eu l’oreille. Pour notre plus grand bonheur ce ne le fut point et, forcé de retourner à sa copie, le groupe nous revint avec des albums qui échappèrent définitivement à la machine estivale.

8 – Funkadelic – “Friday Night, August 14th”

Funkadelic c’est l’orage qui déchire la nuit d’été. Les grondements d’une basse immortelle, les coups de grisous d’une guitare qui électrise l’air et le décharge de toutes les tensions accumulées. Les griseries d’une virée prolongée, la moiteur d’une journée trop chaude, l’agitation d’un été dont se dessine déjà le terme. Friday Night, August 14th, un foutu coup de grisou.

9 – Alban Dereyer – “September”

Alban Dereyer chante la vélocité d’une rentrée enthousiaste. Son piano court sur les lignes bleues d’un cahier d’école neuf synonyme de retrouvailles, sur les voies d’un métro frais qu’on ne maudit pas encore, sur le clavier d’un ordinateur qu’on ne retrouve pas avec autant de désespoir qu’on aime pourtant à le dire partout. Sa mélodie capture l’agitation de septembre, ses résolutions silencieuses, ses joies inavouées, son insouciance passagère.

10 – Tazio & Boy – “Until October Comes Back”

Soudainement on se trouve à nouveau prisonnier de la pluie et du froid, condamnés à regarder les dimanches se dérouler au travers du double vitrage. Des promenades ensoleillées fugaces, quelques parenthèses de répit, et déjà on nous ramène en cellule. Alors on regarde la pluie tomber et on se souvient des mois passés. On colle ses photos, on range ses souvenirs et on se prépare à l’hiver. Forcément, ce n’est pas joyeux ; ça sonne comme un melodica qui agonise sur les cordes d’une guitare.

11 – Julie Doiron – “Snowfalls in November”

Julie Doiron a crucifié novembre. A jamais, les flocons de neige recouvrent son corps meurtri. On se souvient de sa joie nostalgique, de sa tristesse travestie. Partout on raconte l’histoire de ce mois sombre assassiné d’un éclair lumineux. Une mélodie lacrymogène, des paroles déjà sanctifiées, des accords légers mais lourds de conséquence, des choeurs gracieux. La légende de Calamity Julie est de celles qu’on redoute tout autant qu’on les admire. “Best song ever” (label d’origine subjective et ô combien non définitif).

12 – Migala – “El Pasado Diciembre”

L’année agonise, nous sommes à bout, dans l’attente d’une page à tourner, d’un cycle à recommencer, d’une opportunité de tout reprendre à zéro. Un film trop long dont on attend le générique de fin. Quand soudain, dans un dernier effort, le fondu au noir vient enfin. Un texte défile et la musique de Migala résonne dans la salle. Rédemption et adieux, résolutions et regrets. Décembre est un générique de fin qui tarde à apparaître mais dont la musique de Migala soulage l’attente interminable.


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