La Blogothèque

Standard Fare is good shit!

Les dealers ont parfois ce mépris qui rend l’acte d’achat encore plus humiliant et finalement excitant. Que n’est-on pas prêt à faire et accepter pour un fix ? Braver l’humiliation et accepter, l’espace d’un instant, de n’être qu’un junkie aux abois. Certains album blogs adoptent parfois cette attitude. Lorsque, après un retentissant coup de filet, le marché des leaks ressemble a Amsterdam au lendemain de sa fermeture, alors que les blogs se font discret, migrent en secret et se terrent dans leur tanières le temps de s’assurer que la tempête est bel et bien passée, ceux qui continuent d’œuvrer envers et contre tout, occupant « la place », peuvent profiter de cette position dominante pour jouer aux dieux méprisants. Leur came pue du cul, mais le marché est mort et il faudra s’en contenter. Et accepter l’humiliation qui va avec.

Mon dealer m’a jeté The Noyelle Beat, le dernier album de Standard Fare à la gueule en me disant (je résume) : « C’est de la merde, elle ne sait pas chanter, mais ca devrait t’aller. Dégage maintenant ! ». Et je dois reconnaître que si mon dealer n’y connait finalement rien en musique, il me connait assez bien, en fait. Pourtant on se parle assez peu ; je suis du genre à prendre ma dose et à filer bien vite sans laisser le moindre commentaire. Je ne suis pas de ceux qui assument, font copain-copain avec leur dealer et les gratifient d’un « Thanks dude. This is awesome. Keep doing ! Ho, by the way, rapidshare is crap! ».

Rentré chez moi, je décompresse ma dose, me prépare mon petit matos et me fait mon fix, bien conscient qu’il s’agira sûrement d’une merde indie coupée avec de la daube FM. Certes, les premiers effets furent assez mous. Premier titre en forme de pseudo-single baveux, pas le moindre frisson, une vague envolée et un demi-rire nerveux. Mais dès le second morceau, on change de registre et on commence à mieux discerner le genre de trip dans lequel on s’aventure. Basse. Batterie. Guitare. Deux voix et pas vraiment de chanteur digne de ce nom. Juste des tripes et de l’envie, de l’énergie et des mélodies. On fera avec.

Troisième titre et le trip démarre franchement. « Global warming is getting me down. It’s making the sea between us wider and deeper. Now I’m not Moses and I don’t know how to split up the ocean and drive right on over. I’m going to have to wait a year to see you again in Philadelphia. » Un hymne. Tout bonnement. C’est pop, pas prétentieux, pas même sérieux, résolument nerveux, et finalement assez audacieux. Car, l’air de rien, après des couplets servies par ces voix pour le moins bancales (« Emma Kupa, who’s not exactly a singer, Danny How, who’s not much better » ) déboule toujours un fichtrement bon refrain, a killer melody et une putain de guitare. Ouais, une putain de guitare. Et puis une putain de basse aussi. Ouais, on se situe a ce niveau-là, effectivement. Back to the 90′s.

Maintenant que le fix a pris, que le truc se ballade bien dans mes veines, la dope peut déployer ses petites nuances et jouer au yoyo avec mes neurones. A « Wrong Kind of Trouble », faux interlude aux échos hawaïens (hey, je suis stoned !), succède « Fifteen (Nothing Happened) » dont le titre dit tout. Croit-on avant d’avoir entendu les paroles: « You’re only fifteen, what was I thinking? Lying in your bed going ‘this isn’t happening’. (…) I’m only twenty two I still don’t know what it is that I’m supposed to do. My only mercy is that you never knew. »

Et l’air de rien, de titre en titre, on commence à se délecter franchement des effets provoqués par ce disque. C’est que, petit à petit, la voix de Emma Kupa se fait plus familière, de couplet en refrain je commence a véritablement kiffer (je suis stoned !) son ton, son aspect rugueux, pas vraiment écorché, pas non plus totalement abimé. Juste mal muée. Telle une Juno de 22 ans, sortie de sa bulle ado-ulte et qui aurait depuis arpenté quelques kilomètres de macadam, pris quelques coups et poussé quelques gueulantes. Du vécu, brut, sans fioriture ni faux-semblant, sans fausse pudeur ni exhibitionnisme déplacé. Des bouts de vie dont l’ampli grésille un peu trop, des riffs de guitare nerveux qui tentent en vain de balayer les obstacles et les coups de la vie. Un disque sincère, joyeux, orageux. Et une putain de morale qui se déploie dans un single imparable : « There’s always gonna come a time when we don’t know the answers, always gonna come a time when we should just go dancing. »

Pour ma part, je mets ma recherche du trip parfait entre parenthèses et vais me contenter pour l’instant de ce très bon fix, lequel risque d’user mon petit matos pendant encore un moment. Parole de junkie : this is good shit !


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- Un grand merci à UnderExposed pour le bandeau, réalisé à partir d’une de leurs photos.