La Blogothèque

Happy Birthday Clapping Music

Il est de ces labels aventureux dont on salue régulièrement le travail salutaire et la foi insensée. Cela fait 10 ans que Clapping Music, la maison d’un certain François Virot (un des rares artistes à avoir été filmé deux fois en Concert à Emporter), sort … oui, des disques. Avec une bonne dose d’abnégation et de courage. Pour l’occasion, le label petit mais costaud fait une fête la semaine prochaine. Pour nous, c’est l’occasion de revenir sur 5 disques qui nous ont durablement marqués pendant ces dix dernières années.

Happy birthday, dear Clapping. Puisses-tu durer encore longtemps !

Encre : Flux (2004)

Attention, explicit music. Les despotes du culturellement correct n’ont pas encore osé tenter ce genre d’étiquette, mais Flux , le second album studio d’Encre, paru en 2004, mériterait ce compliment. Pour ses textes élaborés et lettrés côté pile, crus et obscènes au point de faire rougir Gainsbourg côté face. Et surtout pour sa musique ténébreuse, glaciale et mécanique. Chaque écoute nécessiterait presque une préparation mentale ; chaque écoute mériterait, après coup, la mise à disposition d’un sas de décompression. Flux est une lessiveuse. Le titre de l’album ne ment pas : l’auditeur est comme centre de gravité du disque, traversé par des courants contraires et des flux de matière en transit.

Yann Tambour, avant d’égrener sur Talitres des pépites folk à la kora, fut chez Clapping Music un laborantin prodigieusement inventif. Sauvagement rythmique, cliniquement programmée, somptueusement orchestrale, sa musique n’a ni influence évidente, ni descendance digne de ce nom. On y côtoie des instrumentaux empoisonnés. Des talk over choquants. Des sons triturés. Des vers suggérés. Des respirations hantées. Des titres de chansons qui claquent en une syllabe. Il y a là plus de sons qu’il n’en faut pour noyer les repères.

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-Rouquinho

Ramona Cordova : The Boy Who Floated Freely (2006)

Ramona Cordova, c’est une voix inoubliable, de celles qui marquent durablement et qui ensuite attirent inévitablement des comparaisons plus ou moins idiotes.

C’est surtout un objet improbable : une œuvre physique, ultra-corporelle, dans laquelle on entend des cordes vocales qui vibrent, des objets qui se brisent, des corps qui frémissent et qui pourtant, sous ces dehors très tangibles explore un univers irréel, qui relève du conte.

Ramona Cordova, c’est aussi l’histoire d’une très belle rencontre au printemps 2006. Force est de constater que ce disque ne nous lâche pas et que son sauvetage organisé par Clapping Music était une idée plus qu’excellente : nécessaire. Grâce leur en soit rendu ici.

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- Ramona Cordova en Concert à Emporter

-garrincha

Lauter : The Age Of Reason (2009)

Soit Boris Kohlmayer, stakhanoviste de la maison bien aimée Herzfeld et membre de Drey, groupe révéré ici. The Age of Reason voit notre homme-orchestre donner tout son sens au terme “double”.

Double comme cet album bourré de références : un peu comme si on lui avait demandé sa sélection “île déserte” et plutôt que d’emmener un paquet de disques, il en avait ressorti celui-ci.

Double aussi comme cette voix, tantôt seule (“Distance”, préférée entre toutes), tantôt doublée justement à l’octave, comme si le trop plein l’emportait. Double enfin, comme dans “bouchées doubles” : un double album n’est pas commun en des temps où l’on débite de la musique en titres à l’unité. Celui-ci ne connaît ni faiblesses, ni creux. Sur sa pochette, un homme torse-nu dont le corps en apesanteur est soutenu par un tronc d’arbre. Il semble épuisé et on le comprend.

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-rom

Centenaire, The Enemy (2009)

Drôle d’objet sonore que ce deuxième album du supergroupe Centenaire. Il faut y avancer à la machette au fur et à mesure que l’on reconnait certains sons : pop champêtre façon Zombies, prog rock anglais originel, morceau-titre qui rappelle les plus belles recherches post-rock, jardins suspendus tambourinants et jeunesse sonique, métronomies kraut et éclats noise, etc.

Au final, toutes ces balises nous égarent et c’est peut-être le dernier luxe que nous offre cet Enemy : se laisser perdre.

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-rom

Clara Clara : Comfortable Problems (2010)

Il y a dans le regard de Clara Clara cet air fier et effronté, ce regard vagabond et nerveux. Il y a dans ses cheveux des brins de pailles, des bouts de feuilles mortes, des nœuds sales et des odeurs épicées. Il y a sur ces mains des traces de coupures, des ongles ronges et de la peau dure. Beaucoup de peau dure. Il y a sur son corps quelques bleus (et autant de souvenirs heureux), un tatouage, et une odeur de liberté totalement enivrante.

Clara Clara est jeune et se fout des regards qu’on pose sur elle. Elle fête son deuxième album, Comfortable Problems , s’éclate sur scène, et ramone les conduits encrassés de ma chaine stéréo.

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- Clara Clara en Concert à emporter

-aKa

Le festival Clapping Music a donc lieu à Paris mardi 9 et mercredi 10 mars à l’International et au Point FMR. Au programme :
- Karaocake + Lauter + Reveille le mardi (gratuit)
- Centenaire + Yeti Lane + Clara Clara le mercredi (10 euros + une compilation cd Clapping Music 15 titres offerte)

Préventes :
- Fnac
- Digitick