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Mercredix

Chamfort à quatre mains

Il suffisait qu’il revienne avec un concept-album, Une Vie Saint-Laurent, pour que les vieux fans que nous sommes se réveillent. J’ai secoué Joseph Gérard en lui promettant que, non, il ne s’agissait pas d’aller martyriser un groupe à la mode dans quelque grand hôtel mais de parler du dernier dandy pop d’ici.

Autant dire que la sélection présente a été l’objet de crève-coeurs sans fin et qu’il y en aura d’autres.

Playlist disponible sur Spotify sauf “Seul à la fin”

1 – “Joujou à la casse”

Fruit de la première collaboration en 33 tours entre l’ex-chanteur à succès (peut-être trop pour l’homme aux Magnolias Forever) des disques Flèche et le Gainsbourg de la fin des années 70, autant dire de la carpe et du lapin – mais sur le papier seulement. Tout dans ce joujou-là sent effectivement le mélange rock – la musique, bien dans son époque revival bubblegum- et (épines de) rose – le texte vachard de Gainsbarre. Succès mitigé à l’époque mais durable puisqu’il figure ici. CQFD.

2 – “Seul à la fin”

Beau single orphelin de 1978, faille temporelle entre “‘Til I Die” des Beach Boys (dans sa version “alternate mix”) pour les harmonies désespérées et “Sortir ce soir” de Daho pour les mots désabusés.

3 – “Toute la ville en parle”

Première collaboration avec Jay Alanski (l’homme du Banana Split) toute en pop synthétique ultra-précise et néanmoins enrichie de choeurs – autre séquelle d’époque de l’influence des Garçons de la plage de Hawthorne, Californie, avec le “Everybody’s Happy Nowadays” des Buzzcocks. Qui s’aventurerait encore à ce genre de falsetto en français ?

4 – “Manureva”

La légende veut que Gainsbourg ait griffonné vite fait les paroles en brodant sur la disparition d’Alain Colas et de son navire. Le tandem avec Jean-Noël Chaléat pour la composition fait, comme à chaque fois, mouche lorsqu’il s’agit d’outrepasser la tendance du moment.

5 – “Chasseur d’ivoire”

Que dire sinon que la collaboration avec Gainsbourg, qui se joue des allitérations comme avec une certaine Javanaise, atteint là l’un de ses sommets ? “A la place des filles féroces / l’éléphant et le rhinocéros”.

6 – “Paradis”

Une des dernières apparitions de la voix haut perchée à la Manureva. “J’attends l’heure du jugement dernier”. Sur scène, une des ces chansons qui pourraient tabasser grave sa mère, si Chamfort n’était pas Chamfort, ne parvenant jamais à se départir d’une timidité que quarante ans de carrière ne sont pas parvenus à entamer. Le mouvement est saccadé, maladroit. Attendrissant.

7 – “Souris puisque c’est grave”

La production est datée, certes. Les paroles sont loin d’être formidables, d’accord. Et si la vraie force de Chamfort était d’avoir fait de la chanson de minet à l’orchestration variétoche un genre respectable et, pire que tout, parfaitement possible à assumer par l’amateur éclairé, rangé dans la discothèque entre CAN et les Chemical Brothers ?

8 – “L’Ennemi dans la glace”

“Il y a chez moi un hôte indésirable”. Une chanson qui en dit long sur le bonhomme. Une voix fragile, à la limite de la fausse note, délicate et noire, volontairement mise en danger, mais sans esbroufe. Le thème n’est pas neuf. Mais il est revisité en 4 minutes chrono et même si on peine à le croire, on lui laisse le bénéfice du doute.

9 – “Si tu t’en allais”

“Si tu t’en allais, pour un autre, moins jaloux que moi, j’te dirais p’t’être, soyez heureux, mais j’le penserais pas”. “Une chanson, dit Chamfort, c’est souvent l’occasion de se montrer sous son meilleur jour, celui du héros ou de la victime sympathique. Je voulais pour une fois chanter ce qu’on ne chante jamais. Ces moments où l’on est moche, mais on n’arrive pas à faire autrement.”

10 – “Le Grand Retour”

Certes, Alain Chamfort n’a pas inventé le concept du “has-been superbe”, mais il faut reconnaître qu’il en est une splendide incarnation. Classe, détachement, ironie. Quand il vient gratter à la porte, on a juste envie de l’installer confortablement dans un canapé et de lui proposer une infusion et de lui sourire, sans dire un mot.

NB : Etant donné la faiblesse de l’offre de Spotify en ce qui concerne notre homme, nous avons dû nous rabattre sur Deezer. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, leur player exportable est dorénavant verrouillé en mode aléatoire (?). On se contentera donc de cliquer ci-dessous. - Pour écouter cette sélection, on clique ici.

- Quatre mains : 1-5 : rom / 6-10 : Joseph Gérard

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