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Mercredix

The Liberation Songs

Parce qu’un nouveau disque arrive enfin, né dans les couloirs de la prison de Rikers et qu’il a l’air d’être une des très bonnes surprises de l’année. Parce que j’ai une vieille affection pour sa voix, sa tronche, ses prises de position, son livre. Gil Scott-Heron en dix chansons, c’est réducteur sans aucun doute mais c’est le Mercredix de cette semaine.

1. “The Revolution Will Not Be Televised”

2. Common – “The 6th Sense”

On commence par le tube intersidéral. On pourrait choisir de faire l’impasse sur ce monstre sacré (d’autant plus qu’il était déjà dans le Mercredix consacré à la télévision) mais après tout, la première fois que j’ai entendue cette voix, c’était ce morceau. C’était chez un manchot qui jouait de la trompette et qui me gonflait avec Miles Davis. Je farfouillais dans ses disques, j’ai vu ce visage, j’ai voulu essayer.

Et puis, pour mesurer l’importance du bonhomme sur tout un pan de la culture américaine, un des plus beaux morceaux de Common en complément, produit par DJ Premier sur un sample de cette chanson qui est comme la torche de la statue de la liberté pour une Amérique alternative.

3. “The Bottle”

Gil Scott-Heron, c’est sans doute avant tout une voix façon “conscience sociale” qui le rapproche d’un Curtis Mayfield et qui inspirera, outre Common, une flopée de rappeurs des années 80 et 90. Mais c’est oublié une composante majeure de sa musique : quand j’entends le solo de flûte de “The Bottle”, moi je pense autant à “Freddie’s Dead” et à la poésie engagée des Last Poets qu’à du Aldo Romano.

4. Blackalicious – “First In Flight”

Énième chapitre de l’histoire d’amour-haine entre le rap et son glorieux ancêtre, en 2002 les géniaux et virevoltants Blackalicious invitent un paquet de gens biens sur leur réjouissant Blazing Arrow . Même Ben Harper chante comme un dieu sur ce disque, c’est dire. En 2002, cela fait presque 10 ans que Gil ne fait parler de lui que pour des histoires de drogue. En 2002, Gil Scott-Heron chante encore comme personne.

5. “Your Daddy Loves You”

Winter In America est sans aucun doute mon album préféré du bonhomme. Il y est saignant, prêt à en découdre, chroniqueur hargneux des troubles d’un pays désemparé et ravagé, aussi remonté sur les ravages de l’alcool (“The Bottle”, déjà entendu plus haut) que sur Nixon. Mais c’est aussi sur ce disque qu’il chante tout simplement à sa fille qu’il l’aime. Avec la même sincérité, les mêmes nuances dans la voix, ces incroyables arrangements, cette richesse harmonique éblouissante. Bref. On est pas là pour rigoler, mais on peut s’aimer aussi…

6. “The Vulture”

“The Vulture”, c’est un thème récurrent chez ce chroniqueur de la décadence. C’est aussi le nom du premier et seul roman de Gil Scott-Heron. Une chronique dont j’ai déjà parlé ici des ravages de la drogue dans les projects défavorisés des 5 boroughs de New York, entre poésie et ultra-réalisme.

7. “New York City”

Puisque nous sommes à NY, restons-y. Avec un orchestre qui virevolte entre blues soyeux et envolées latinos empruntées à Ray Barretto. Et toujours cet entre-deux, cet amour-haine, ces contradictions : “New York City, I don’t know why I love you. It could be because you remind me of myself.

8. “Brother”

Aucune chanson jusqu’ici qui montre la facette spoken word, très similaire aux Last Poets, de Gil Scott-Heron. Il ya le “H2O Gate Blues”, long discours sur fonds de blues qui s’en prend à Nixon, au Watergate, à la ségrégation, aux riches, à J. Edgar Hoover. Et il y a ce “Brother”, plus ramassé, uniquement accompagné d’un battement implacable. Presque une prière.

9. “Message To The Messengers”

1994. Gil revient aux affaires après quelques années de silence. Un silence auquel il va retourner pour encore une bonne grosse dizaine d’années. Pour ouvrir son Spirits , il s’adresse à la génération de rappeurs qui a émergé pendant son absence, distribuant bons et mauvais points. La production est très early nineties, pas forcément très heureuse, mais reste la profondeur de la voix.

10. “The Liberation Song (Red, Black & Green)”

“Winter In America” ne figurait pas à l’origine sur Winter In America , mais c’est sur le disque suivant de Gil Scott-Heron, Midnight Band : The First Minute of a New Day . Et ce disque a l’immense mérite de montrer autant le Gil Scott-Heron révolté (“Winter In America”, donc, une des plus belles chansons qui soient sur l’oppression) que son pendant plein d’espoir. Et c’est plutôt sur cette note que j’avais envie de finir, avec un beau chant qui dit sa foi dans l’insurrection qui vient.

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