La Blogothèque

The Special K challenge

U.S. Girls pourrait être le nom de code d’un projet de torture musicale conçu à Guantanamo. On imagine sans peine les plus coriaces des Talibans, pauvres âmes aux oreilles non formées, choisir d’embrasser les pieds de Bush, de poser les doigts en V devant la carcasse d’un Mollah et de renoncer à toute promesse de vierges plutôt que d’avoir à subir à nouveau une telle expérience.

Pour vomir vos Kellogg’s ce matin, vous avez deux possibilités :

1/ Cliquer par erreur sur le Myspace d’Emmanuelle Seigner et lancer l’écoute de “Dinge”. Ou quand faire rimer “seringue” avec “fringue” donne envie de flingues.

2/ Regarder la vidéo de U.S. Girls, “Red Ford Radio” et puis glisser sur leur Myspace.

La première solution vous préparera idéalement à une journée de travail forcément rude (lundi oblige) : les crocs acérés par tant de vulgarité, vous n’aurez de cesse que d’humilier vos subalternes (de préférence les plus fragiles), insulter vos clients (une fois le téléphone raccroché) et faire un doigt à ce chauffeur de taxi qui vient de vous doubler (mais est déjà trop loin pour vous voir, ouf !). La deuxième solution permet de s’en sortir plus dignement mais n’est pas sans risque pour votre santé mentale. Entre percussions hypnotiques et mélodies massacrées, il y aura de la casse : des crises épileptiques, des tympans broyés, des neurones défleurés et des illusions perdues.

U.S. Girls pourrait être le nom de code d’un projet de torture musicale conçu à Guantanamo. On imagine sans peine les plus coriaces des Talibans, pauvres âmes aux oreilles non formées, choisir d’embrasser les pieds de Bush, de poser les doigts en V devant la carcasse d’un Mollah et de renoncer à toute promesse de vierges plutôt que d’avoir à subir à nouveau une telle expérience. Et pourtant, aussi improbable que cela puisse paraître apres la lecture de ces quelques lignes, il y a derrière U.S. Girls un potentiel de réjouissance et de fascination plus ressenti depuis They Were Wrong So We drowned. Fascination morbide et malsaine, certes, et il n’est pas impossible qu’en plus d’avoir vomi vos Kellogg’s vous ne décidiez, à la deuxième ecoute de Go Grey , d’en recouvrir les murs de votre cuisine. (Du moins si vous êtes du genre à saupoudrer vos Corn Flakes de LSD et à accompagner votre petit-déjeuner de lumière stroboscopique et de néons ultra-violet. Mais dans ce cas, U.S. Girls n’y est sans doute pour rien et il faut que vous repreniez de toute urgence contact avec votre médecin.) Mais fascination tout de même. Parce que derrière des murailles de grésillement, retranchées dans un coin sombre et humide, se terrent des mélodies soul que l’on croirait remontées d’un futur incertain ou ressuscitées d’un passé improbable et sur lesquelles Megan Remy crache, autant qu’elle n’y chante, des mots que l’on ne cherche plus vraiment à identifier. Parce que ces mélodies invoquent des fantômes que l’on ne distingue qu’avec peine mais qui, d’écoute en écoute, titillent nos tympans et dessinent un tableau improbable où se confondent et se lovent Shangri-La, Velvet Underground, champs de coton, ESG et lignes haute-tension.

Blue Eyes on the Blvd ” de U.S. Girls

Blue Eyes on the Blvd. by aka.blogo

“J’avais pas vu un tel quart d’heure de domination depuis que j’ai arrêté les pornos allemands”. Ces paroles, empruntées au débat footballistique, auraient pu nous servir d’avertissement. On aurait également pu nous présenter U.S. Girls comme le side-project totalement barré d’un membre (mais lequel ?) de Liars en pleine crise sous acide. C’eût été mensonger et réducteur ; mais nous l’aurions cru sans peine, avançant avec d’autant plus de prudence et évitant ainsi de salir le tapis.

Go Grey , le deuxième album de U.S. Girls est sorti la semaine passée sur Siltbreeze Records.

Le MP3 de Red Ford Radio est disponible chez Stereogum.